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Confiance et administrations : l’état d’urgence [édito]

 

« Ayez confiance »,  plaisantaient les Guignols de l’info au temps de leur apogée. La rupture de la confiance entre le Peuple, d’un côté, et les Politiques (mais aussi les Administrations), d’autre part, était déjà en réalité en germe depuis les années 60.

Pourtant, le sujet est aussi noble qu’urgent.

 

Rétablir la confiance entre les habitants et l’administration était un des objectifs de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance (ESSOC).

Une loi passionnante, ambitieuse, passée inaperçue au cœur d’un été troublé pour l’Etat… Une loi qui cependant ne pouvait masquer qu’elle s’attaquait à un « esprit techno » de notre administration d’Etat (et parfois de l’administration territoriale)… avec des moyens très « techno ».

A ce sujet lire https://blog.landot-avocats.net/2019/01/10/voici-un-ouvrage-en-telechargement-libre-et-gratuit-sur-la-loi-essoc-societe-de-confiance-droit-a-lerreur-loi-qui-comporte-de-nombreuses-reformes-applicables-aux-administrations-publiques-4/

 

Le grand débat organisé par l’Etat (voir ici) en s’appuyant sur les Maires ne vise pas lui non plus à autre chose qu’à rétablir cette confiance. Gilets jaunes obligent.

Est-ce la marotte illusoire, une mode qui sera vite remplacée par une autre mode ?

La réponse à cette hypothèse est clairement NON. Non rétablir la confiance n’est pas une marotte, un sujet provisoire. C’est une difficulté de fond.

 

Un sondage réalisé par la société Opinion way pour Sciences Po Paris (Cevipof), en décembre 2017, montrait déjà combien le diagnostic posé par le Gouvernement et le Parlement, selon lequel une confiance est à restaurer, ne pouvait qu’être partagé[2]. En effet :

 

[2]Source : https://www.opinion-way.com/fr/sondage-d-opinion/sondages-publies/politique/barometre-de-la-confiance-en-politique.html

 

Il est à noter que cette rupture correspond aussi à un clivage au sein de la société entre les catégories socio-professionnelles. Les sondés étaient 61 % des sondés estimaient que la démocratie, en France, fonctionne mal ou « pas très bien », mais ce taux chute 51 % pour les CSP+ et il grimpe à 70 % au sein des catégories populaires.

Un an et quelques gilets jaunes après… la situation s’est encore dégradée comme une réédition de ce même sondage l’a  démontré.

 

En sus, d’autres mouvements travaillent la société :

Le Conseil d’Etat (CE) a ainsi synthétisé dans son rapport annuel pour 2018 sa vision des facteurs explicatifs ou originels de ladite crise [6] :

 

Sur ces derniers points, voir le rapport annuel du CE pour 2018 : et un colloque du CE en 2017[7].

 

Soyons clairs : peu d’objectifs peuvent être plus urgents que de retisser du lien social, de la confiance, un sens du vivre ensemble. Les lois s’y emploient. Mal.

Le Syndicat des juridictions financières s’y essaie aussi à sa manière avec d’audacieuses réformes qui vont dans le même sens de la transparence, de l’évolution des administrations (au stade de la correction des pires erreurs notamment) mais aussi d’une responsabilité mieux calibrée et moins pénale[8].

 

Au stade de nos enquêtes publiques, de nos procédures internes, de nos politiques éducatives et/ou sociales, du suivi des dossiers, un peu de bienveillance, d’écoute, de pédagogie, s’impose. Inversement, un sens de la discipline et du devoir est à rétablir à l’heure où les pétitionnaires, les parents, les administrés se croient autorisés à tous les clashs. Le droit d’aujourd’hui nous pousse à une prudence paranoïaque alors que refaire société ensemble conduit à ce qu’une autre attitude, plus ouverte, plus calme et plus confiante, s’impose.

Comment dépasser, domaine par domaine, cette contradiction ? Cette tâche peut sembler impossible. Mais retisser les liens de notre société impose de dépasser, de maîtriser, les enjeux de cette contradiction. Tous. Tous ensemble. Chacun à son poste.

 

 

Eric Landot

Avocat

 

 



notes 


 

 

[3]https://www.liberation.fr/france/2018/01/08/les-francais-sont-complotistes-mais-ceci-n-est-pas-un-complot_1620874

[4]au cœur d’une bibliographie abondante, citons par exemple « Regards croisés sur l’évaluation de la rénovation urbaine », par B. Allen et F. Peigney, Comité d’évaluation et de suivi de l’ANRU, La Documentation française 2014 ; « Mixité sociale, et après ? », par E. Charmes et M.-H.  Bacqué, PUF 2016 ; « La mixité sociale à l’école : tensions, enjeux, perspectives», par C. Ben Ayed, Armand Colin 2015…

[5]Sources : D. Reynié, Les nouveaux populismes, Pluriel 2013, les ouvrages de M. Gauchet « L’avènement de la démocratie, IV : Le nouveau monde » (NRF Gallimard 2017) et « Comprendre le malheur français » (entretiens, Folio 2017) ; P. Rosanvallon, La démocratie inachevée, Paris, Gallimard, 2000, et La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance, Paris, Seuil, 2006 ; F. Worms, Les maladies chroniques de la démocratie, Paris, Desclée de Brouwer, 2017.

[6]http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/184000629-etude-annuelle-2018-du-conseil-d-etat-la-citoyennete.-etre-un-citoyen-aujourd-hui

 

[7]« Peut-on parler d’une crise de la citoyenneté ? », voir : https://vimeo.com/239424042

[8]voir https://blog.landot-avocats.net/2018/10/23/vers-quelle-responsabilite-financiere-allons-nous-video-interview-du-president-du-sjf

 


Crédits photographiques : rawpixel on Unsplash

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