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« Requins et […] tortues marines sont des entités naturelles sujets de droit »… dans une partie de la France (Iles Loyauté), ce qui innove et, en droit, interroge

Mise à jour au 9 juin 2024 :

Non il n’était pas légal que « requins et […] tortues marines [soient] des entités naturelles sujets de droit »… dans une partie de la France (Iles Loyauté). Et, non, les provinces de Nouvelle-Calédonie n’ont pas compétence pour intervenir dans le domaine du droit civil. 

 

 

Les droits de la Nature deviennent reconnus en Bolivie ou en Equateur, voire cheminent en ce sens en Espagne. La Nouvelle-Zélande déclare la personnalité juridique d’un fleuve…

Ces mouvements, amples et notables, peuvent agacer ou enthousiasmer, selon les points de vue des divers humains que nous sommes. Reste qu’en réalité, ce mouvement s’avère fort hétérogène comme l’a démontré le Professeur Sacha Bourgeois-Gironde dans ces deux articles, soulignant que « ce mouvement en faveur des droits de la nature prend des formes diverses et non équivalentes d’un cas à l’autre, d’un contexte culturel à l’autre » :

Voir aussi :

Ce chemin n’est pas emprunté en France, que l’on parle de l’Hexagone, de la Corse ou des DOM.

Oui… oui mais dans les collectivités d’outremer (COM ; ex-TOM)… les collectivités disposent de bien plus de marges de manoeuvre.

Aussi est-ce avec intérêt (et amusement, ravissement ou froncement de sourcil selon les pointons opinions de chacun) que l’on notera que, en Nouvelle-Calédonie, la Province des Iles Loyauté est en train de réformer son Code de l’environnement. Voici la version antérieure de ce code (délibération de 2016 ; document ci-dessous à jour d’avril 2019) :

 

Ce code a déjà un riche historique juridique puisque, à tort, cette collectivité ultramarine s’était crue autorisée à instaurer un régime d’autorisation préalable à la circulation des navires en mer.. alors que cela contrevient aux articles 17 et 24 de la convention des Nations-Unies sur le droit de la mer signée le 10 décembre 1982 à Montego Bay, lesquels articles sont d’application directe, vient de poser la CAA de Paris.

 

🎼 Il était un petit navire [bis] que la collectivité ne voulait pas laisser naviguer [bis] [ohé ohé… Montego Bay]

Voir aussi :

 

A comparer avec le Projet de délibération portant diverses modifications du code de l’Environnement de la province Sud (2022) :

Revenons aux Iles Loyauté. Voici qu’une nouvelle mouture de ce code confère un statut « d’entité naturelle juridique » aux tortues et aux requins :

 

Le texte de la délibération a été publié au Journal Officiel de Nouvelle-Calédonie (n° 10602 du 18 juillet 2023, pages 14809 et suivantes – en particulier la page 14818 pour la personnalité juridique des requins et tortues) lien https://juridoc.gouv.nc/JuriDoc/JdJonc.nsf/0/495ACCC0E0ED07F24B2589F000190E3D/$File/10602.pdf?OpenElement

 

 

 

Voir aussi les pages 40 et 41 de cette publication de la province des Iles Loyauté :

 

Reste à savoir si ce document (fait avec le soutien de la structure publique nationale qu’est l’IRD, comme pour la mouture précédente) sera légal ou non…

Il ne me semble y avoir, pour cette délibération, aucun risque d’inconventionnalité (i.e. de contradiction avec les conventions internationales, comme pour la censure précédente).

Mais est-ce conforme avec le minimum de droit national (droit civil ; charte de l’environnement) qui s’applique sur place et qui tout de même limite la liste de qui peut être sujet de droit ? Il est possible, sur ce point, d’avoir de très, très gros doutes.

A suivre, pour le cas où requins et tortues, sortis des lagons pour enrichir des délibérations, viendraient à occuper aussi, ensuite, les prétoires…

Crédits : coll. personnelle (EL – MU 2023)
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