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Rappels de l’office, limité, du préfet, au stade des candidatures, dans une affaire où est discutée l’éligibilité de colistiers de M. Ciotti

Pour une synthèse plus récente, voir :
Le préfet peut-il refuser d’enregistrer une candidature d’un élu municipal au nom du fait qu’il estime que celui-ci serait inéligible au titre de ses fonctions professionnelles ? NON confirme le TA de Nice dans une affaire où était en cause la liste conduite par Eric Ciotti à Nice. 
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I. Rappel du droit en ce domaine

 

Aux termes (notamment) de l’article L. 231 du code électoral, diverses inéligibilités existent en matière municipale.
Une de ces inéligibilités les plus délicates est celle relative aux entrepreneurs de services municipaux.
Face à un forte suspicion d’une telle inéligibilité, le préfet peut-il bloquer au stade de l’enregistrement des candidatures (art. L. 265 du code électoral) ?
NON : pour les élections municipales comme départementales, le préfet peut certes bloquer l’enregistrement d’une candidature ne respectant pas les conditions d’éligibilité visées aux articles L. 194 et L. 228 du Code électoral (âge, domiciliation… Voir par exemple CE, 6 février 2002, n° 235949, 236507 ou encore TA Nantes, 26 nov. 2001, n° 01-4160, Fabienne Bar c/ préfet Loire-Atlantique : LPA 20 mai 2002, n° 100, p. 7, concl. Degommier. Voir dans le même sens pour l’élection européenne : CE, 21 mai 2004 – ministre de l’intérieur, sécurité intérieure et libertés locales c/Automobiliste vache à lait Ras-le-Bol, liste apolitique, n° 267788).
MAIS il ne peut pas refuser une candidature au titre d’une possible (ou même certaine) inéligibilité professionnelle de l’article L. 231 du code électoral (au contraire de ce qui se passe en cas de dépôt d’une liste aux élections régionales).
Un jugement l’avait confirmé en 2020.

Procéduralement, rappelons que l’article L. 265 du code électoral, précité, dispose bien que :

« En cas de refus de délivrance du récépissé, tout candidat de la liste intéressée dispose de vingt-quatre heures pour saisir le tribunal administratif qui statue, en premier et dernier ressort, dans les trois jours du dépôt de la requête.
« 
Faute par le tribunal administratif d’avoir statué dans ce délai, le récépissé est délivré.»

En opportunité, on pourra regretter que ce recours ne porte pas sur les inéligibilités professionnelles car l’élu considéré risque, une fois élu, assez vite de commettre des infractions de l’article 432-12, voire 432-14, du Code pénal. Mais donner un pouvoir de plus au préfet et une charge de plus au juge en urgence en ces domaines ne serait pas non plus très aisé…

Il est à préciser qu’est envisagé d’instaurer un fichier national des personnes inéligibles (voir ici), mais cela ne règlerait pas la question des inéligibilités professionnelles

 

II. Illustration niçoise

NB : oui j’ai évoqué les métaphores saladières. Je suis très fier de ma tempérance calembouresque. 

En 2026, dans une affaire plus médiatique, le TA de Nice vient de le rappeler.

M. Ciotti a présenté en préfecture le 12 février 2026 la candidature de la liste « Le meilleur est à venir avec Éric Ciotti »

Mais le Préfet a refusé d’enregistrer cette liste car selon lui :

 

Pour ce dernier, preuve a été apportée qu’il est bien contribuable, et donc éligible.

Mais pour le premier, le TA a rappelé que le préfet ne peut pas en droit vérifier si les candidats satisfont aux conditions d’éligibilité prévues par l’article L. 231.

 

NB : rappel si cette personne est bien inéligible, cela peut conduire dans certains cas à l’annulation de l’élection en son entier (voir p. ex. CE, 20 mars 1996, 173941 173966, aux tables) mais ce ne sera que rarement le cas (voir par exemple CE, 1er août 2022, n° 463365) surtout quand l’inéligibilité ne frappe pas la tête de liste… 

 

Source :

TA Nice, 18 février 2026, n° 2601166

 

 

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