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« Rapport Ravignon »: un chiffre choc et instructif ; un rapport nuancé et constructif

En prélude à la remise du « rapport Woerth » (voir ici pour celui-ci), hier a été diffusé le « rapport Ravignon ».

Avec un chiffre simple pour marquer les esprits : l’enchevêtrement des responsabilités et des compétences entre l’Etat et les collectivités et entre les collectivités entre elles aurait un coût qui peut être estimé à 7,5 Mds €. 

Possible. Probable même. Peu importe : tout le monde se disputera de nouveau ensuite pour trouver la bonne solution à cette complexité qui, de fait, dans les démocraties développées, s’avère tout à fait unique. Singulière. 

Mais ne nous arrêtons pas à ce chiffre car plonger dans ce rapport se révèle bien plus riche que ce simple chiffre choc… le bloc local étant, d’ailleurs, la grande victime de ce surcoût selon ce rapport, lequel n’a par surcroît pas intégré dans ce calcul le temps de réunion des élus, ni celui des études et autres accompagnements pour les nombreux schémas que notre droit affectionne. 

D’ailleurs, ces coûts de coordination ne peuvent pas être tous supprimés selon l’auteur du rapport, dont le contenu est, en réalité, subtil et modéré. 

Les multiples voies de cette complexité et de ces coûts sont additionnées, de manière édifiante souvent, passionnante toujours.

 

 


 

Hier, a été remis le rapport de M. Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières et président d’Ardenne Métropole aux ministères Thomas Cazenave et Dominique Faure.

Voici ce document :

1900_-_Rapport_de_Boris_Ravignon_sur_le_cout_du_millefeuille_administratif

A la veille, littéralement, de la remise au public du rapport de M. Eric Woerth (le voir ici), député, questeur et ancien Ministre, sur la décentralisation… voici donc le premier travail remis au Gouvernement sur la réforme de notre architecture locale.

Et pour un premier travail… c’est un travail d’artillerie. Car M. Boris Ravignon n’y va pas de main morte. Ce qui n’est sans doute pas de mauvaise tactique avant le « rapport Woerth ».

Mais laissons de côté la tactique. Voyons le fond. Car celui-ci présente le double paradoxe d’être à la fois connu… et trop oublié :

 

I. Un chiffre choc : 7,5 Mds d’euros (« au moins 6 Md€ pour les collectivités et au moins 1,5 Md€ pour l’État »). Mais avec des dépenses qui ne sont pas toutes résorbables. Certains de ces coûts… ne sont pas des surcoûts

 

Le fond de ce rapport est riche et s’avère, lui aussi, complexe.

Mais le message est simple et clair : les travaux conduits par Boris Ravignon confirment que l’enchevêtrement des responsabilités et des compétences entre l’Etat et les collectivités et entre les collectivités entre elles est une réalité et a un coût qui peut être estimé à 7,5 Mds €.

Citons cet extrait du rapport :

 

Et surtout, voici un tableau intéressant :

 

Ce coût concerne donc l’ensemble des strates de collectivités. Il s’explique selon l’auteur de ce rapport principalement par les besoins de coordination entre acteurs territoriaux du fait de l’imbrication des compétences, mais aussi par le coût des financements croisés, source de complexité tant pour les bénéficiaires que pour les collectivités.

Ce constat appelle à une répartition plus claire des responsabilités : c’est un enjeu de cohérence, d’efficience mais aussi de redevabilité à l’égard des citoyens qui, comme le montre le rapport, n’ont pas une vision suffisamment claire du rôle de chacun dans la gestion des services publics de proximité. C’est aussi un enjeu pour soutenir les élus et les agents publics dans leurs actions quotidiennes et pour leur simplifier la vie !

Ces coûts de coordination ne peuvent pas être tous supprimés selon l’auteur du rapport car la coordination entre les acteurs des territoires est nécessaire, mais ils peuvent être diminués.

 

II. Pour l’auteur de ce rapport, l’enchevêtrement des responsabilités, des compétences et des financements entre l’État et les collectivités territoriales (ou envers les ménages) atteint un niveau de complexité préjudiciable. Mais la confiance de  nos concitoyens sur la qualité de la gestion des collectivités est un élément rassurant. 

 

L’auteur de ce rapport par rappeler une évidence : « pour nos concitoyens, la répartition des responsabilités est confuse sur la quasi- totalité des politiques publiques ». 

La mission a fait réaliser un sondage par Toluna Harris Interactive… dont les résultats sont édifiants.

Que les habitants râlent et disent que tout est trop compliqué. Certes. Ce sondage eût-il été ainsi bâti que nous n’en aurions même pas parlé ensemble.

Mais ce sondage montre surtout que nos concitoyens, souvent, s’y perdent quand on leur demande qui fait quoi, à quel niveau. Voici le tableau qui fournit certaines de ces réponses :

Cela dit, notons que « si nos concitoyens n’identifient pas toujours les responsabilités exercées, ils n’en possèdent pas moins un avis positif et tranché sur la qualité de la gestion de l’argent public par les collectivités

En gros, plus on est près, plus on est cru quant à sa qualité de gestion. Ce qui est évidemment un peu caricatural. Mais c’est ainsi et ce n’est pas nouveau :

Avec une confiance d’ailleurs plutôt méritée selon l’auteur de ce rapport, dont voici deux extraits :

[…]

 

Le partage des compétences dans certains domaines et l’effet complexificateur, souvent, de l’intervention du législateur, sont ensuite évoqués (de manière un peu rapide).

Le rôle de l’Etat est ensuite évoqué :

Aucune de ces affirmations ne surprendra le praticien.

Mais est-ce une raison pour « vivre avec » ?

 

Puis l’auteur du rapport s’en prend aux financements croisés. Sur ce point, témoignons que s’ils sont facteur de complexité, voire de perte de sens pour les projets (qui perdent leur simplicité à force de s’adapter à tous les critères de tous les financeurs), et de nombreuses réunions et services dédiés… ces financements croisés deviennent un peu l’arbre qui cache la forêt des financements croisés du côté de l’Etat vers les collectivité, avec là encore des complexités parfois folles.

S’il est un financement croisé dont on parle peu, c’est celui qui concerne les entreprises (au delà des discours, moins à la mode, sur le « guichet unique) et, surtout, les ménages .

Or, les diversités en ce sujet s’avèrent là encore édifiants. Voici un exemple :

 

 

III. La réussite de la décentralisation appelle une vaste clarification des responsabilités, des compétences et des moyens des collectivités territoriales, selon les auteurs de ce rapport… mais avec des solutions variées (dont beaucoup, concrètes, sont listées au sein de ce rapport)… la suppression d’une couche du mille-feuille n’étant pas une voie privilégiée par ce rapport 

 

Pour ce rapport, la réduction du nombre des niveaux d’administration territoriale n’apparait pas nécessaire même si les regroupements communaux (communes nouvelles, avec un retour d’un cadre incitatif — ce qui est une évidence que l’Etat seul semble ces derniers temps ne pas avoir compris —) et intercommunaux volontaires gagneraient à être encouragés à nouveau…. avec une nécessaire neutralisation des « effets des fusions d’EPCI pour leurs communes membres ».

Revenir à la règle antérieure à 2013 pour le calcul de la DGF des EPCI fusionnés constituerait un fort encouragement à de nouveaux rapprochements, selon l’auteur de ce rapport qui sur ce point me semble mériter d’être applaudi.

Et avec des principes simples mais efficaces rappelés par ce rapport dont voici deux extraits :

[…]

 

Exemples de réformes appelées de ses voeux par l’auteur du rapport :

 

IV. L’auteur de ce rapport s’attaque aussi au chantier de la nécessaire simplification normative (notamment en matière de marchés publics, de fonction publique, de comptabilité publique, de normes sportives…)

 

La simplification normative constitue également un important gisement d’économies, toujours selon ce rapport qui, sur ce point, développe quelques propositions concrètes… et qui fustige au passage le fait que « le processus de création de normes applicables aux collectivités territoriales doit mieux respecter le principe de libre administration ».

Sur ce point, voir par exemple les pages 70 à 80 du rapport.

Mais voir aussi les échanges que j’avais eu avec le Président Lambert (alors président du CNEN) à ce sujet :

 

En matière de marchés publics, l’auteur du rapport note les coûts très variables selon les niveaux de complexité des procédures :

D’où les propositions suivantes pour les marchés publics :

 

En matière de fonction publique, ce qui est proposé est de :

 

 

Et le rapport ensuite, de continuer sur les normes en comptabilité publique, en matière sportive…

 

Cette mission témoigne ainsi de la diversité des solutions et leviers pour bâtir conjointement avec les collectivités territoriales une action publique plus lisible et plus efficace pour les Français et faire des économies.

 

Bon appétit :

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