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Validation du régime retrait des contenus à caractère terroristes qui se trouvent sur Internet… au terme d’un combat contentieux plus subtil qu’il n’y paraît. Plus douteux aussi…

Le Conseil d’Etat valide le régime procédural puis contentieux propre au retrait des contenus à caractère terroristes qui se trouvent sur Internet (notamment les réseaux sociaux). C’est d’autant plus important que c’est le même régime qui a, plus récemment, été étendu — moyennant quelques transpositions limitées — à quelques autres horreurs (pédopornographie ; actes de torture…).

Les associations requérantes avaient-elles raison de s’interroger sur la comptabilité entre le règlement européen, à l’origine du droit français en ce domaine, et le droit européen primaire ? Peut-être.

Mais est-il raisonnable d’attaquer le droit français et le cadre juridique européen ? Ceux-ci ont prévu un régime qui est loin d’être liberticide, et qui prévoit des procédures administratives et contentieuses en urgence — certes et c’est bien logique — mais avec de solides garanties… et surtout des contraintes supplémentaires pour les hébergeurs de contenus qu’il n’est tout de même pas déraisonnable de responsabiliser un peu.

A tout attaquer de manière pavlovienne on risque d’oublier ce dont on parle (des contenus horribles qu’il n’est pas possible de laisser en ligne) et de désarmer les Démocraties, ce qui arme plus encore leurs adversaires illibéraux. Bref, avec de bons sentiments, il peut arriver qu’on glisse vers des combats forts douteux. Au risque d’un naufrage éthique à rebours des ambitions initiales. 


 

Le règlement (UE) 2021/784 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2021 est relatif à la lutte contre la diffusion des contenus à caractère terroriste en ligne.

Son article 3 permet aux États membres d’émettre une injonction de retrait enjoignant aux fournisseurs de services d’hébergement de retirer les contenus à caractère terroriste ou de bloquer l’accès à ces contenus dans tous les États membres.

Sur cette base, ont été adoptés :

On notera que ce régime a été ensuite étendu, avec quelques adaptations, aux images pédopornographiques, aux images de torture et quelques autres horreurs (voir ici un article et une vidéo à ce suejt ).

Avec à chaque fois un régime de police administrative (demande de retrait ; contrôle ; acte administratif ; contentieux administratif en urgence avec contradictoire) :

 

Un recours contre le décret 2023-432 a été déposé par :

 

Le Conseil d’Etat vient de rejeter ce recours. Et la principale association requérante, La Quadrature du Net… se fend d’un communiqué vengeur fort peu modéré, dans le ton usuel de cette association (voir ici).

J’avoue peiner à comprendre les raisons de cette colère. Nul doute qu’il faille que ces immondices soient vite retirés des réseaux (sauf à avoir une vision totalement libertarienne des libertés, au détriment d’ailleurs en pareil cas des libertés des personnes concernées par ces images).

Les requérants arguaient si l’on fait litière des moyens vraiment trop légers :

Plus sérieuse était l’attaque des requérantes visant à poser que pourrait être en débat la compatibilité du règlement TCO avec le droit primaire de l’UE… Mais sur ce point d’autres recours sont possibles.

Au moment où dans le monde l’illibéralisme l’emporte de plus en plus souvent, il faut se méfier des outils de surveillance. Oui.

Mais :

 

Source :

Conseil d’État, 16 juin 2025, n° 478441

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