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Deux questions à J.-B. Gaudin sur les points obscurs de la réforme de la taxe d’habitation

La réforme de la taxe d’habitation (TH) n’est pas un chemin pavé de roses : c’est plutôt une jungle difficile à traverser, avec de multiples buissons épineux.

Cette réforme, nous avons tenté de la présenter en posant quelques questions simples, permettant à tout à chacun d’en comprendre les enjeux, et ce en vidéo via quelques questions posées à un de nos partenaires et amis, Pascal Heymes, de MS conseils. Voir :

 

Zoomons avant maintenant sur deux de ces buissons épineux qui rendent cette réforme aussi piquante que délicate à manier avec un autre consultant et partenaire de notre cabine : Jean-Baptiste Gaudin, de Public avenir, à qui nous avons posé deux questions :

 

1e question : La réforme de la taxe d’habitation est-elle aussi « neutre » pour les collectivités que le prétend le Gouvernement ?

 

Hélas non à plusieurs titres :

 

Rappel : Les taux additionnels syndicaux et les taux de GEMAPI ne sont pas votés par les collectivités mais sont déterminés, par les services de l’Etat à partir du produit voté par les collectivités. Le produit est alors « traduit » en taux d’imposition additionnels aux quatre taxes (TH, taxes foncières, CFE) au prorata du poids du produit de chaque taxe dans le total des impositions perçues sur le territoire.

 

En 2020, le taux additionnel de TH sera figé au niveau de 2019. Toute augmentation de produit sera par conséquent répercutée sur les contribuables à la taxe foncière et à la CFE.

 

A partir de 2021, la suppression de la TH conduira, pour un même produit appelé, à une diminution importante du poids de la taxe d’habitation au détriment du poids des autres taxes. Afin que le syndicat de communes ou l’EPCI levant la taxe GEMAPI conserve le même niveau de ressources, les contribuables à la taxe sur le foncier bâti et à la CFE verront leur cotisation augmenter dans des proportions importantes. Si la collectivité ne souhaite pas augmenter la pression fiscale sur ces contribuables, elle devra arbitrer entre :

Mais, se pose alors le problème de la neutralité financière pour le budget de la collectivité. En effet, si les taux TF syndicaux peuvent être réintégrés aux taux communaux (à pression fiscale globale inchangées pour les contribuables), il n’en est pas de même pour le taux TH syndical. En effet, les collectivités ne peuvent plus modifier leur taux TH à compter de 2021. Les élus devront demander une modification du texte de l’article 16 de la LFI pour 2020, en exigeant que les recettes de substitution à la THP, intègrent bel et bien, non seulement l’ancienne Th communale mais aussi … la TH des contributions fiscalisées (et GEMAPI). Ce faisant, la collectivité perçoit dans ses recettes de substitution, l’ancienne Th syndicale et financeront, à coût nul pour le budget communal, la nouvelle contribution budgétaire au syndicat (et/ou Gemapi).

 

 

2nde question : le Coco (coefficient correcteur) corrige-t-il tous les défauts du FNGIR ?

 

Il en corrige beaucoup mais ne règle pas tout.

L’engagement du Gouvernement lors de la réforme était d’éviter, à tout prix, de reproduire les effets pervers du mécanisme de Garantie des ressources lors de la réforme de la taxe professionnelle. Sur plusieurs points, le coefficient correcteur est un meilleur outil que le GIR. Il assure notamment la prise en compte de l’évolution des bases de TFB (à la hausse et à la baisse).

 

Néanmoins, ce dispositif va complètement redistribuer les cartes en termes de dynamique fiscale. Une commune sera gagnante ou perdante en fonction de la différence entre l’évolution des bases de TH qu’elle aurait dû percevoir sans application de la réforme et celle de ses bases de foncier bâti. Tout dépendra de la combinaison de plusieurs facteurs (le niveau des abattements de taxe d’habitation, la proportion des valeurs locatives des locaux professionnels et des locaux d’habitation, le foncier disponible).

 

Les collectivités en fort développement urbain, ne fiscaliseront plus les bases TH des locaux nouveaux occupés pour la première fois, à compter de 2021.

Certes, les recettes de substitution évolueront comme les bases de TFB, mais … deux bémols de taille à ce dispositif d’actualisation :

 

En définitive, l’Etat remplace une imposition dont l’évolution était adossée à l’inflation, par une ressource dont l’une évolution forfaitaire est généralement beaucoup plus faible. Ce sont les choix d’implantations nouvelles (nouveaux logements sociaux ou non, nouvelles implantations économiques) qui décideront des gagnants et des perdants à la réforme de la taxe d’habitation.

 

La réforme TH et les recettes de substitution calées sur la TFB ramènent donc, encore et toujours, au problème du faible dynamisme des recettes des collectivités, et par extension, au devenir du FB.

A ce titre, on rappelle l’enchainement des réformes ayant abouti à dessaisir les collectivités de leur pouvoir fiscal :

… A quand la suppression du FB … ou son allègement dans un contexte où les gouvernements successifs s’engagent toujours plus loin sur la voie de la réduction de la fiscalité économique locale ?

 

 

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