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Peut-on dénommer une rue d’après un ancien clandestin de l’OAS ?

La commune doit toujours conserver une certaine distance face aux conflits politiques internationaux ou face aux débats politiques qui ne peuvent se rattacher directement aux compétences communales.

De fait, le juge s’avère très strict en ce domaine d’application du principe de neutralité sur les façades des bâtiments publics, et notamment des mairies (pour un résumé récent de l’état de la jurisprudence, voir ici ; pour une application récente à l’ajout du drapeau ukrainien en façade de mairie, voir ).

Certes, nul ne doute de la pleine compétence des communes pour dénommer leurs rues, voies, lieux-dits et autres espaces publics :

 

Reste que la commune doit sur ce point faire preuve de neutralité, justifier d’un intérêt public local… Nul doute qu’une rue qui serait aujourd’hui nommée du nom d’un criminel de guerre ou d’un criminel contre l’humanité serait, par exemple, un acte illégal. Ou que serait illégale la décision de ne pas abroger ce choix pour l’avenir, en dépit des inconvénients pour les habitants de tout changement de dénomination d’une voirie.

Cela dit, jusqu’où aller ? Avec quelle appréciation au cas par cas pour le juge ?

Par analogie, nombre de décisions esquissent un paysage subtil et complexe en ce domaine, en matière de contrôle des :

 

Mais le cas des dénominations de rue ont donné lieu à des jurisprudences plus éparses :

 

Aussi sera-t-on sans doute intéressé par l’adjonction d’une nouvelle jurisprudence en ce domaine.

Ci-avant, il a été noté que la ville de Nice pouvait dénommer un espace public d’après le nom de son ancien maire en dépit des condamnations pénales qui lui avaient été infligées.

Or, s’il est une ville où est perçu comme présent le souvenir de la décolonisation chaotique de l’Algérie, c’est bien Perpignan. Ville où coexistent diverses communautés vécues comme telles, dont de nombreux « rapatriés ».  Evoquer l’OAS dans ce cadre, c’est nécessairement un geste politique usant de cette dimension mémorielle. Mais cela n’entraîne pas nécessairement le rejet que l’on peut rencontrer dans d’autres communautés ayant, sur ce point, un autre vécu de cette période ou s’étant forgée une autre histoire.

Or, la ville de Perpignan avait décidé en 2022 de dénommer : « Pierre Sergent (1926-1992) Ecrivain-Homme politique » une esplanade du centre-ville.

La suite de l’histoire, laissons le TA de Montpellier la raconter. Au fil de son communiqué qui reprend son jugement :

« Par délibération du 22 septembre 2022, le conseil municipal de la ville de Perpignan a décidé de nommer une esplanade située entre le square Bir Hakeim et le boulevard Jean Bourrat, laquelle n’avait pas de dénomination, « Esplanade Pierre Sergent (1926-1992) Ecrivain-Homme politique ».
« Le tribunal relève que ce choix de dénomination est de nature à heurter de manière significative la sensibilité du public, au-delà de la seule commune de Perpignan, ainsi qu’en attestent notamment la tenue de manifestations rassemblant plusieurs associations, syndicats et partis politiques, ainsi que la publication d’une tribune dans la presse nationale.
« En effet si la commune indique avoir souhaité rendre hommage à son parcours de résistant, militaire de la légion étrangère, écrivain et homme politique local, Pierre Sergent est également connu pour ses actions au sein de l’organisation de l’armée secrète (OAS) métropole lesquelles ont entraîné sa condamnation à mort par contumace en 1962 et 1964 pour des faits de terrorisme.
« Le tribunal administratif a dès lors annulé la décision de la commune de Perpignan de retenir cette dénomination. »

Source :

TA Montpellier, 4 février 2025, LDH et autres, n° 2206111, 2301623

 

 

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