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Brader le domaine public… Braconner le mobilier national… c’est braquer le droit et braver la Cour d’appel financière

Delendus est.. qui dilapide le magot.

La preuve au fil des 24 albums de Tintin. 

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Tournons ensemble les pages de cette affaire de digne d’un épisode de Tintin… Où les protagonistes, aussi organisés que les Picaros, n’ont pas su prêter leur oreille, sans doute cassée, aux règles de droit.

Les procédures propres aux ventes de biens mobiliers devaient, pour eux, être aussi inaccessibles qu’un secret de la licorne, aussi hors d’atteinte que le Tibet. Au point de se faire pincer pour cet usage des Ors de la République, tel un vulgaire crabe. de se faire griller façon cigares (du pharaon), ce qui a du leur donner les boules (de cristal).

Même si nul vol, que ce soit vers Sidney ou ailleurs, ne fut à déplorer. 

 


 

I. Tel celui de Rackham le Rouge, le trésor de Grignon l’orange est, d’un point de juridique, toujours plus à l’Ouest

 

Le château de Grignon (78) a un petit côté Moulinsart.

Château de Grignon ; Laurent Bourcier — Travail personnel

Et comme à Moulinsart, s’y cache un trésor. Pas celui du Chevalier François de Hadoque… mais celui des meubles du château, relevant donc du domaine public mobilier.

Et comme à Moulinsart s’y cachent des intrigues, des mystères… et des bourdes énormes. Avec des approches qui en droit ont été aussi subtiles que celles de Tintin lorsque celui-ci abordait le Congo, le pays des Soviets ou l’Amérique.

Photo : coll. pers. Paris 13e – fév. 2018

Sauf que les bien artistiques frauduleusement écoulés ne sont pas ceux de l’Alph’art, ni le sceptre d’Ottokar… mais des biens mobilier (qui relèvent du domaine public, donc) notamment du XVIIIe, avec des vrais, des faux, des vrais-faux, des faux-vrais.

Source : mobilier Louis XVI – Denis Doukhan sur Pixabay (rien à voir avec le Château de Grignon en l’espèce)

 

II. De l’étoile mystérieuse à vente mystère d’étoiles mobilières

 

Des meubles parfois précieux ont en effet été vendus aux enchères, avec des mises à (vil) prix et ces cessions à bon marché. Sans déclassement (rappelons que le domaine public, même mobilier, est incessible…). Sans prise en compte des valeurs vénales. Avec des noms dont j’apprends à l’instant qu’ils sont prestigieux : Jean-Baptiste Sené ; Noël Baudin ; Philippe-Joseph Pluvinet… et des biens qu’ensuite le Mobilier national a eu à chasser comme le pouvait.

Voir :

 

 

II.  Le procureur général au pays de l’or (noir d’irrégularités)

 

Justicier surgissant de l’obscurité de la rue Cambon, vint le procureur général près la Cour des comptes qui, de son propre chef, apprenant l’affaire, en vint à dégainer un réquisitoire :

Pourquoi la Cour des comptes ? A cette question, je répondrai par une autre : comment cela ? Vous ne savez pas que depuis 2023 existe le nouveau régime de la responsabilité financière des gestionnaires publics (RGP ou RFGP selon les chapelles ?) ?

Diable en ce cas reculez de deux cases, puis allez à la case départ, sans toucher les 20 000 F… et compulsez des informations de base ici et là :

 

Cette lecture étant faite, revenons à notre duel.

Source : duel final du film « Et pour quelques dollars de plus » de S. Leone, 1965.

 

IV.  Le duel se prépare, façon « Tintin en Amérique »

 

Puis, tel Tintin se lançant dans une affaire, vint — de son propre chef — le Procureur général de la Cour des comptes…

A ma gauche, le Parquet de la Cour des comptes ému d’avoir lu dans la presse qu’on pouvait jouer aux enchères en ligne avec le domaine public.

A ma droite, côté accusés : la directrice générale adjointe de l’établissement public AgroParisTech, le directeur d’un de ses sites, à savoir Grignon, la responsable de la division réseau de ventes de la direction nationale des interventions domaniales et une commissaire aux ventes au sein de cette direction, en poste aux moments des faits.

Ça fait du monde.

Ce n’est pas aussi grave que si on avait vendu de la Coke en stock, ou volé les bijoux de la Castafiore, mais tout de même voici une gestion du droit et du patrimoine culturel digne de « l’Alph-Art ».

 

 

V.  La Cour des comptes, en 2024, le confirme : de manière lunaire, on a marché sur le droit

 

L’affaire a été, en 2024, jugée par la Cour.

Passons sur la prétendue tardiveté de la notification de la décision de renvoi, la Cour estimant que ce qui compte est la date d’émission et non de réception :

« 8. Il résulte de ces dispositions qu’à la suite du dépôt de l’ordonnance de règlement le 30 avril 2024, le ministère public disposait d’un délai de trois mois pour décider de renvoyer l’affaire à la chambre du contentieux. L’ordonnance de règlement a été transmise au procureur général près la Cour des comptes par un courrier du 30 avril 2024. Celui-ci a, par la décision du 29 juillet 2024, renvoyé devant la chambre du contentieux M. Y et Mmes A, Z et X. Le délai prévu par l’article R. 142-2-13 du CJF a ainsi été respecté. La circonstance que la notification aux parties de cette décision de renvoi n’ait été réalisée que le 21 août 2024 est sans effet sur la validité de la décision de renvoi et n’a, en tout état de cause, pas privé les parties d’une garantie pour produire leurs mémoires en défense dans le délai de deux mois prévu par le 1° du même article. Par suite, le moyen tiré de la tardiveté de la décision de renvoi doit être écarté.»

Sans surprise, il a été jugé que ces agents ont méconnu :

Soit une très belle liste de règles méconnues selon le Parquet, puis selon la Cour.

Les poursuites avaient lieu au titre de l’article L. 131-9 du code des juridictions financières, véritable « infraction financière balai » de la RGP (oui oui ou RFGP si vous voulez). Avec l’obligation que soient réunis trois éléments :

En l’espèce :

 

La Cour a prononcé une amende de 4 000 € à l’encontre du directeur du centre de Grignon à l’époque des faits, une amende de 5 000 € à l’encontre de la directrice générale adjointe d’AgroParisTech et des amendes de 3 000 € à l’encontre des agents de la DNID. Elle a jugé que l’ensemble des manquements constatés et imputables aux personnes renvoyées était constitutif d’une faute grave au sens de l’article L. 131-9 du code des juridictions financières.

Si c’est aux dépends des biens public… Delendus est qui dilapide le magot. 

Oui. Je sais. Il est temps de prendre des vacances. En relisant Tintin. 

Source :

Cour des comptes, 19 décembre 2024, Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement (AgroParisTech), DNID, vente du mobilier du château de Grignon, arrêt n° S-2024-1571, affaire n° 3

VI.  De cette étoile, la Cour d’appel financière lève les derniers mystères (avec peu d’apports juridiques avouons le)

 

Peut-être enhardis par les fumées du Lotus Bleu, les protagonistes de cette affaire ont eu pour objectif, un peu lunaire, de prendre le chemin de cette île, noire d’être encore peu explorée : la Cour d’appel financière. 

Cette affaire, guère moins audible que celle du Professeur Tournesol, a connu cette semaine son dénouement en appel.

A noter :

Compte tenu cependant de certaines circonstances atténuantes et de la situation financière précaire de l’intéressée, justifiée par des pièces produites pour la première fois en appel, la Cour d’appel financière, sans prononcer la dispense de peine sollicitée, mais allant au-delà de la diminution demandée par le parquet dans son appel incident, a ramené l’amende de 3 000 € à 500 €.

Source : 

Cour d’appel financière, 7 octobre 2025, Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement (AgroParisTech) et Direction nationale d’interventions domaniales (DNID) – Vente du mobilier du château de Grignon, n° 2025-05, affaire n° CAF-2025-01

 

 

 

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