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1er tour des municipales : le Conseil constitutionnel aura bien à juger d’au moins deux QPC. Qu’en résulte-t-il ?

1er tour des municipales : par deux décisions rendues hier, le Conseil d’Etat renvoie la QPC au Conseil constitutionnel… ce qui ne veut pas du tout dire que cette QPC va y prospérer. Le rapporteur public de l’aile administrative du Palais Royal n’invite d’ailleurs guère l’aile Montpensier dudit Palais à donner satisfaction aux requérants.

A noter : au moins deux autres QPC (dont une engagée quant à elle contre un autre acte qu’une élection, directement devant le Conseil d’Etat, mais portant au fond sur le même sujet), restent à notre connaissance pendantes devant le Conseil d’Etat.

Une étape a néanmoins été franchie, ouvrant la porte à plusieurs champs des possibles. Décortiquons tout cela… 

 

S’il y a eu une baisse forte de la participation au premier tour, des élections pourraient donner lieu à des censures isolées par le juge administratif en contentieux électoral…. certes. S’il y a eu un effondrement de la participation avec quelques manoeuvres altérant potentiellement la sincérité du scrutin et une faible différence de voix d’écarts, il y aura un débat sur ce point au cas par cas.

Mais des censures plus vastes sont-elles possibles en droit ?

La réponse est OUI même si nous n’y croyons guère.

Quatre solutions nous semblent possibles :

 

Voici ces deux décisions du Conseil d’Etat en date du 25 mai 2020 n°440335 et n° 440217 par lesquelles la Haute Assemblée a décidé de renvoyer lesdites QPC devant le Conseil constitutionnel (sous les numéros 2020-849 QPC et 2020-850 QPC) :

 

Restent non tranchées à notre connaissance, plusieurs demandes en QPC, dont au moins les deux que voici :

 

A tous ces sujets, j’avais il y a 15 jours préparé un petit dossier avec WEKA, en vidéo, à ce sujet, pour lequel j’avais  eu le plaisir de demander leurs avis à deux universitaires de renom :

 

Voici ce « grand dossier », fait avec WEKA, qui  fait le tour de la question en 7 mn 31 :

 

Passons rapidement sur une étrangeté : pour qu’il y ait QPC, il faut une loi ayant méconnu une norme constitutionnelle ou internationale. Or, les élections ont eu lieu avant la loi Covid-19 du 23 mars dernier. Donc pour que l’affaire soit tranchée par QPC, il faut que l’élection ait le 15 mars été pratiquée en vertu d’une loi postérieure (le 23 mars) dont l’inconstitutionnalité serait relevée par le Conseil constitutionnel. C’est donc un tête à queue, une incongruité temporelle, qui est soulevée. Cette difficulté a été contournée par les requérants, de manière habile, par le fait que ladite loi du 23 mars en quelque sorte aménage les conséquences de la suspension des procédures électorales entre les deux tours. C’est hardi. Mais ça a marché. Soit.

La force ensuite, relative à notre sens, de ces recours est qu’ils peuvent se fonder sur une norme constitutionnelle en effet puisque le Conseil constitutionnel a consacré  principe de sincérité des scrutins au moins nationaux (C. const., 20 décembre 2018, n° 2018- 773 DC).

Cela dit, la recherche de la sincérité du scrutin est l’essence même de l’office du juge électoral depuis que la France vit en Démocratie représentative… Voir d’ailleurs des études réunies par le Conseil constitutionnel sur la notion même de sincérité du scrutin :

 

Quand les requérants soulèvent que les deux tours doivent être très rapprochés, ils ont contre eux, cela dit, deux décisions :

 

A noter : le Conseil d’Etat a donc transmis deux QPC au conseil constitutionnel, mais sur la base des (intéressantes) conclusions de son rapporteur public M. Guillaume Odinet qui n’incitent pas à un optimisme excessif quant à l’avenir desdites QPC (pour y accéder sur le site du Conseil d’Etat, cliquer ici).

Le Président Fabius avait fait, non sans étrangeté, un appel du pied dans Le Figaro pour de telles QPC. Le Conseil d’Etat est sans doute ravi de ne pas porter sur ses épaules déjà endolories par 2 mois de décisions covidiennes le poids de décisions définitives en ce domaine. Et sur le fond la question est nouvelle et n’a pas déjà donc été tranchée par le Conseil constitutionnel. Donc va pour la QPC… mais encore une fois cela ne veut pas dire, pas du tout dire, qu’il y aura censure par les sages de la rue Montpensier.

Sur cette base, 4 solutions sont, devant le Conseil constitutionnel, de nouveau, possibles :

 

Résumons pour nous les situations et les probabilités selon les cas :

 

 

 

 

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