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Quand une subvention est-elle un dû ?

Quand une subvention est-elle un dû ? A cette question, le Conseil d’Etat vient d’apporter une réponse importante, ou plutôt un complément important de réponse.

Il convient donc de rappeler le cadre général en ce domaine (I) avant que d’aborder ce que change, ou plutôt ce que précise, cette nouvelle décision de la Haute Assemblée (II).

 

I. Rappel du cadre juridique général en ce domaine

 

I.A. La subvention est-elle un dû ?

Oui mais uniquement après que les élus (conseil municipal, conseil de communauté, conseil départemental…) ont voté la subvention, dûment demandée, et ce par délibération.

 

I.B. Car l’inscription au budget ne suffit pas ?

A la base, une inscription au budget de la commune ne valait pas promesse de subvention.

Certaines communes ont pris l’habitude de faire procéder à des inscriptions très précises de subventions dans le budget pour évacuer les longs débats inhérents aux délibérations relatives aux subventions… C’était en droit une erreur car l’inscription au budget ne suffisait pas à elle seule :

« la décision prise par une collectivité publique d’attribuer une subvention à une personne physique ou morale déterminée est un acte susceptible de faire grief, indépendamment du fait que les crédits nécessaires au paiement de la subvention ont été préalablement inscrits dans le budget voté par la collectivité, cette inscription ne comportant par elle-même aucune obligation d’effectuer la dépense correspondante ; que, par suite, le département […]  n’est pas fondé à soutenir que M. P., qui a la qualité de contribuable départemental, n’était pas recevable à demander l’annulation de la délibération du 9 décembre 1991 par laquelle le bureau du conseil général a décidé d’accorder à l’association […] une subvention de 100 000 F, imputée sur le crédit ouvert au budget du département pour financer des opérations de ‘parrainage’ ; » (CE, 26 juin 1996, Département de l’Yonne, n° 161283).

MAIS il serait possible de poser que cet état du droit a changé en comptabilité M14  » (cf. IIB page 3 de la note : https://www.collectivites-locales.gouv.fr/files/files/clarificationssubventions_m71_2.pdf… Merci à Mme HUCHETTE-DERANSY sur ce point !!!).

 

I.C. Et si le subventionnent n’a pas été voté en bonne et due forme… la somme n’est donc pas due ?

En  effet. Mais avec une nuance de taille. Si, en effet, la subvention a été promise, mais non votée, il peut en résulter que la collectivité publique qui a fait une promesse non tenue pourra être considérée comme ayant fait une faute pouvant entraîner un préjudice indemnisable pour celui (association, parfois entreprise, etc.) qui comptait sur cette subvention, surtout si la personne qui avait cru en cette promesse de subvention a engagé des dépenses (recrutements, etc.) en conséquence.

Mais la somme due alors sera celle du préjudice indemnisable, minoré par l’éventuelle (et fréquente) faute de celui qui aura espéré cette subvention.. et non le montant de la subvention elle-même (pour un cas intéressant, voir : CAA Paris 13/6/89 Association Pro Arte, n° 89PA00086).

 

I.D. Et en cas de convention pluriannuelle ?

Les collectivités locales n’ont que rarement le droit de recourir aux conventions pluriannuelles de subventionnement, mais il s’agit là d’un sujet complexe et entre débattu.

En pareil cas, le juge estime en règle générale que la somme n’est pas due en tant que subvention (puisque la convention est illégale au titre du principe de l’annualité budgétaire, même si ce point de droit n’est ni général ni totalement stabilisé en droit, pour schématiser) ; mais (même raisonnement que précédemment donc) l’association (ou l’entreprise ou le particulier) a le droit d’être indemnisé(e) des dépenses exposées pour avoir cru à cette aide (voir notamment, mais sans que cet arrêt soit exempt de difficultés d’interprétation  : CE, 18/1/85 Aix-en-P. n° 51.534, n° 51534, rec. T p. 686), moins l’éventuelle faute commise par trop de naïveté.

 

I.E. Hors faute, la collectivité peut-elle retirer son aide ?

Si la personne subventionnée n’a pas commis de faute, la subvention peut donner lieu à :

 

I.F. Et en cas de faute, la collectivité peut-elle retirer son aide ?

 

 INVERSEMENT, en cas de faute des retraits d’aides sont possibles, mais dans un cadre juridique un brin complexe et qui dépendra aussi des modalités de rédaction des conventions de subventionnement. 

Surtout, aucune décision ne peut être prise par la collectivité publique qui serait disproportionnée, qui serait contraire à ce qui est prévu par le contrat et, surtout, qui serait prise sans que l’association ait eu le temps et les moyens de se défendre (principe du contradictoire), de présenter sa version des faits, etc.

Et en de tels cas, il importe de vérifier que le subventionnent ne risque pas d’être requalifié en marché public ou en délégation de service public (auquel cas d’autres règles s’appliquent).

 

I.G. Ce raisonnement s’applique-t-il à toutes les aides ?

Non car il peut y avoir des cas spécifiques. Par exemple :

 

I.H. A ces sujets, voir aussi :

 

II. Ce que change le nouvel arrêt n° 433660 du Conseil d’Etat en date du 27 mai 2021

 

Le Conseil d’Etat, dans ce cadre, vient de rendre une intéressante décision.

Il pose qu’une décision qui a pour objet l’attribution d’une subvention constitue un acte unilatéral qui crée des droits au profit de son bénéficiaire (d’où le délai de quatre mois pour un retrait évoqué ci-avant en I.E) .

Toutefois — et c’est là le point nouveau —, de tels droits ne sont, pose la Haute Assemblée, ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi

Et le cadre ainsi brossé s’avère large puisque le Conseil d’Etat précise que lesdites conditions peuvent alternativement :

Il en résulte, conclut le Conseil d’Etat, que les conditions mises à l’octroi d’une subvention sont fixées par la personne publique au plus tard à la date à laquelle cette subvention est octroyée.

 

Source : CE, 27 mai 2021, n° 433660, à mentionner aux tables du recueil Lebon

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