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Non une commune ne peut toujours pas fermer ses services pour soutenir un mouvement national de grève (et c’est évidemment loin d’être un scoop ; application en Nouvelle-Calédonie cette fois)

Le principe de neutralité des services publics, joint aux limites propres fixées aux compétences des collectivités territoriales (selon des règles qui varient d’une collectivité l’autre, mais qui se rejoignent dans la notion aussi classique que flexible « d’intérêt public local ») interdit, à ces collectivités… les prises de parti trop nettes en matière de questions internationales, de grèves ou de litiges politiques.

Faisons le point à ce sujet au lendemain d’une nouvelle décision en la matière censurant la décision de la maire de la commune de Sarraméa, en Nouvelle-Calédonie, révélée par un communiqué à la population publié le jour même sur la page Facebook de la commune, et informant la population de la fermeture des services municipaux « en soutien aux actions de terrain menées par la Cellule de Coordination » (opposition — d’ailleurs souvent violente — au dégel du corps électoral).


 

Ce n’est pas la première fois que le juge opère une importante distinction entre, pour les collectivités, des actions sociales individuelles possibles et des actions politiques voire syndicales directes et collectives illégales. La mairie peut s’investir dans les aides sociales aux personnes (familles de grévistes par exemple), mais pas entrer dans le combat politique lui-même. 

 

 

Mais cela reste peu clair par des communes qui l’ignorent ou qui s’en moquent éperdument.

A preuve cette nouvelle illustration néo-calédonienne qui prouve que, sur le caillou aussi, on peut s’asseoir sur la loi.

Par déféré enregistré le 9 juillet 2024, le Haut-Commissaire de la République a saisi le tribunal de la décision de la maire de la commune de Sarraméa du 13 mai 2024 révélée par un communiqué à la population publié le jour même sur la page Facebook de la commune.

Par ce message, la maire de Sarraméa « informe la population qu’en soutien aux actions de terrain menées par la Cellule de Coordination (opposition au dégel du corps électoral), le services administratifs et techniques municipaux seront exceptionnellement fermés le lundi 13 mai et mardi 14 mai 2024. L’école primaire KAWA CYPRIEN BRAINO sera fermée le mardi 14 mai 2024 et le transport scolaire desservant les écoles et collèges de SARRAMEA et LA FOA ne sera pas assurée. La réouverture des services vous sera communiquée ultérieurement. […]»

En décidant de fermer au public l’accès aux services municipaux pour ces motifs, la maire de Sarraméa, a pris part à un mouvement de nature politique. Un tel motif, étranger à l’intérêt de la commune ou au bon fonctionnement des services municipaux méconnait ainsi le principe de neutralité auquel sont astreintes les personnes publiques. Le tribunal a donc annulé cette décision.

Source :

TA de Nouvelle-Calédonie, 24 octobre 2024, Ht-Commissaire de la République, n° 2400329

 

Le politique national et le social ne sont pas les seuls domaines d’une telle obligation de neutralité.

En matière internationale, par exemple, les collectivités peuvent accorder des aides via la coopération décentralisée (même pour de l’aide aux migrants en mer), ou via les jumelages, mais sans pouvoir s’immiscer dans les relations internationales elles-mêmes, fût-ce au titre de simples prises de position ou autres actes symboliques. Par exemple, un maire en tant que citoyen peut bien manifester ses options politiques. Mais il n’a pas à y embarquer la mairie confiée à ses soins par les électeurs. Voici quelques exemples :

C’est dans ce cadre qu’un juge des référés d’un TA a suspendu, sans surprise, une délibération par laquelle : « le conseil municipal de la commune de La Salvetat-Saint-Gilles a émis une motion d’appel au cessez-le feu à Gaza, dans le cadre du conflit opposant le Hamas à l’État d’Israël. »
Source : Tribunal administratif de Toulouse, ord., 27 août 2024, 2404966

 

 

 


 

Il en va de même en matière de laïcité mais notons :

 

 


 

Une commune peut soutenir un festival ou une conférence mais pas si ces événements glissent vers la manifestation politique même feutrée, nimbée d’intellectualisme. Même certains éditoriaux de maires ou des jumelages ont pu être censurés à ce titre.  :

 

Mairie de Saint-Ambroix (Gard) ; coll. pers. mai 2023
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