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Un juge peut-il statuer sur la légalité d’un acte… puis dans une autre instance sur l’indemnisation consécutive à l’illégalité de ce même acte ?

C’est un édifice complet et complexe (I) qui a été bâti, en contentieux administratif, pour assurer l’impartialité des juges, et ce à plusieurs étapes (déontologie, suspicion légitime, récusation, moyens tenant à l’impartialité en appel ou cassation…). 

Dans ce cadre, le Conseil d’Etat vient de poser qu’un magistrat ayant statué collégialement sur la légalité d’une décision administrative, de statuer ultérieurement sur une demande indemnitaire fondée sur la responsabilité pour faute de la puissance publique à raison de l’illégalité de cette même décision (II).

Cette nouvelle décision s’inscrit assez logiquement dans la droite ligne de la jurisprudence du Conseil d’Etat en ce domaine (III). Elle semble largement à l’abri des critiques qui portent plutôt sur d’autres pans de cet édifice. 


 

I. Rappel de l’édifice forgé, en contentieux administratif, pour assurer l’impartialité des juges, à plusieurs étapes (déontologie, suspicion légitime, récusation, moyens tenant à l’impartialité en appel ou cassation…).

 

S’il est une institution dont on attend une stricte impartialité, c’est bien la Justice, dont même les symboles les plus usuels (balance ; yeux bandés) représentent cette vertu.

A la suite d’importantes décisions de la CEDH, en décembre 2023, puis — légèrement différentes — du Conseil d’Etat, en avril 2024, j’avais tenté de synthétiser le droit en la matière de manière détaillée :

 

Avec à chaque fois une étude des principes en ces domaines, mais aussi de leur application, nécessairement différenciée, selon le moment où on se place :

 

Source : panneau indiquant la localisation du TA de Lille ; photo pers. EL juin 2024.

 

 

II. Un magistrat ayant statué collégialement sur la légalité d’une décision administrative, de statuer ultérieurement sur une demande indemnitaire fondée sur la responsabilité pour faute de la puissance publique à raison de l’illégalité de cette même décision.

 

Or, voici que cet édifice, fragile par définition, vient d’être complété à la marge ou, plutôt, illustré par une nouvelle décision à publier aux tables du recueil Lebon.

En effet, le Conseil d’Etat vient de rendre une décision dont il ressort que, pour citer le futur résumé des tables tel que préfiguré sur la base Ariane :

Ni le principe d’impartialité qui s’impose à toute juridiction ni aucune autre règle de procédure n’interdisent à un magistrat ayant statué, en tant que membre d’une formation collégiale de jugement, sur la légalité d’une décision administrative, de statuer ultérieurement sur une demande indemnitaire fondée sur la responsabilité pour faute de la puissance publique à raison de l’illégalité de cette même décision.

NB : si on était taquin on noterait que ce principe s’impose aux magistrats. Or, les membres du Conseil d’Etat se refusent à cette qualité, au contraire des juges statuant en TA et CAA. Mais n’étant pas taquin, je n’insiste pas. 

Source :

Conseil d’État, 5 février 2025, M. A. (BK photo), n° 489647, aux tables du recueil Lebon

 

 

III. Cette nouvelle décision s’inscrit assez logiquement dans la droite ligne de la jurisprudence du Conseil d’Etat en ce domaine. Elle semble largement à l’abri des critiques qui portent plutôt sur d’autres pans de cet édifice

 

Voici un florilège de décisions rendues en ce domaine, où l’on verra que cette position du Conseil d’Etat, dans ce dossier, s’insère bien dans le « nuage de points » que forment ensemble ces appréciations au cas par cas :

Ainsi pour citer quelques exemples en amont de la décision du juge lors de requêtes en suspicion légitime et/ou de récusation  :

 

Voir, surtout, les points suivants, tous traités à ce stade par le juge administratif (surtout au stade du contrôle de cassation bien sûr) :

 

 

 

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