Bonjour Madame la boulangère
Bonjour Monsieur. Qu’est-ce que je vous sers ?
Je voudrais vous proposer quelque chose. Pour l’année 2026 à chaque fois que j’entre dans votre boulangerie, je vous donne un forfait. Une somme fixe. Et c’est moi qui déciderai si j’entre dans votre magasin chaque jour ou une fois par mois. Et si par exemple ce forfait est de 5 euros… c’est moi, le client, qui choisirai, si cela me permet de repartir avec un croissant… ou avec de quoi petit-déjeuner pour 12 personnes.
????
Imaginez la tête de cette pauvre boulangère.
Alors imaginez la figure de votre pauvre avocat. Quand on lui formule des demandes de la même farine.
Absolument tous les jours nous voyons sortir des mises en concurrence pour des assistances juridiques générales.
Là c’est normal.
Et on nous demande des forfaits.
C’est encore normal dans le principe.
Quel forfait pour une journée de formation ? Quel forfait pour un déplacement ? Pour une audience ? Pour une visio de deux heures ?
Forfaitiser cela est aussi logique que de forfaitiser pour le prix du pain au chocolat, ou pour la chocolatine, à votre guise.
Mais un forfait pour un contentieux quel qu’il soit ??? Quand le traitement d’un contentieux peut aller en réalité de 10 h de travail à… 500 ? et parfois même plus ?
Un forfait pour la relecture d’un contrat ? Alors que lire un bail de base, une convention d’occupation domaniale simple… est un travail vingt ou trente fois inférieur en volume au labeur requis pour relire un appel d’offres alloti ou un gros projet de DSP ?
Un forfait pour la rédaction d’un acte… sans que l’on sache si c’est un arrêté de police pour la circulation… ou la refonte de votre règlement de service pour l’assainissement… ou le PLU ???
Oui mais l’avocat (riche, forcément riche, bien évidemment) se rattrapera sur le volume… entend-on parfois au vent mauvais… Ben, voyons.
Nous ne pouvons évidemment pas le faire avec les tarifs pratiqués par les avocats qui ont la déontologie de ne travailler que pour les clients publics… car les tarifs des administrations publiques en France sont deux à trois fois moindres, à l’heure, que ce qui est pratiqué au profit des entreprises.
Et, client par client, les volumes de travail qui nous sont confiés ne sont pas tels que tous ces forfaits pourraient se compenser entre eux.
Alors on ne répond pas à de telles mises en concurrence… Parce que nous ne voulons pas avoir la tentation de bâcler le travail au motif qu’il est parfois peu payé. Parce que c’est le seul moyen de travailler sérieusement. Parce que notre cabinet a une forte notoriété, qu’il s’enorgueillit d’une forte fidélité de nos clients, et que donc nous n’en sommes pas réduits à cela.
A votre avis, qui répondra à des demandes aussi déraisonnables ? L’avocat de qualité reconnu par ses clients et qui, donc, croule déjà sous le travail ?
Ou celui qui manque de travail… parce qu’il manque de clients lui faisant encore confiance ?
Et l’on s’étonne de voir un vrai secteur « low cost » se développer en droit public. Oh comme c’est bizarre ?
Alors pitié… pitié….
Vive le forfait en début de mission quand on a vu, dossier par dossier, à quoi ressemble la question posée, le contentieux déposé, ou la mission à décomposer.
Vive le forfait pour les déplacements, les unités de valeur identifiables.
Mais pas pour l’insondable. Pas pour des tâches incalculables.
Ou sinon vos avocats vont baisser en qualité.
Merci
En savoir plus sur
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
