La Cour des comptes vient de rendre un très attendu rapport (fait en lien avec les CRC et CTC) sur la gestion des finances locales. Le voici, juste pour les courageux qui attaqueront avec enthousiasme ses 510 pages :
20171011-rapport-FPL
Avec une partie très acide sur l’outre-mer. Voir :
La Cour des comptes, très acide sur la gestion locale des collectivités ultramarines
Pour ceux qui n’ont pas le courage de tout lire, voici un résumé de la Cour elle-même en 32 pages, ce qui est tout de même un brin plus digeste :
20171011-synthese-finances-publiques-locales
Voici les recommandations de la Cour des comptes :


Et voici la conclusion de la Cour :
En 2016, grâce à une baisse de 1,1 % de leurs dépenses, les
collectivités territoriales ont dégagé une capacité de financement et non
plus un besoin de financement. Elles ont ainsi contribué, pour la deuxième
année consécutive, avec les administrations de sécurité sociale, à la
réduction du déficit public de l’ensemble des administrations publiques.
Cet infléchissement des dépenses publiques locales, constaté depuis
trois ans, doit être apprécié au regard du long cycle de croissance qui l’a
précédé. Entre 1983 et 2013, les dépenses des administrations publiques
locales ont progressé de 5 % en moyenne annuelle, passant de 8,6 à près de
12 points de PIB. La moitié seulement de cette augmentation est imputable
aux transferts de compétences liés à la décentralisation. Pour le reste, la
quasi-totalité de l’accroissement constaté a porté sur les dépenses de
fonctionnement, tout particulièrement les dépenses de rémunération des
agents territoriaux, du fait d’une forte croissance des effectifs.
Encore récent, le mouvement de maîtrise des finances publiques
locales doit être poursuivi et amplifié. Il est possible d’y parvenir par une
triple action sur l’organisation institutionnelle des collectivités locales, leur
gestion et leurs relations avec l’État.
La réforme de l’organisation territoriale : une première étape
L’architecture des administrations publiques locales recèle
d’importants gisements d’efficience. Le mouvement progressif et
ininterrompu de décentralisation, depuis les lois fondatrices de mars 1982
et juillet 1983 en passant par la loi d’août 2004 dite Acte II de la
décentralisation, a renforcé considérablement les responsabilités de chaque
niveau de collectivités sans se préoccuper de la gouvernance de l’ensemble.
Il en est résulté une superposition des niveaux d’administration et un
enchevêtrement de leurs compétences respectives, facteurs de surcoûts et
de perte d’efficacité dans la conduite des politiques publiques. De multiples
rapports parlementaires ou administratifs au cours des vingt dernières
années ainsi que des enquêtes conjointes de la Cour des comptes et des
chambres régionales des comptes ont montré à quel point la simplification
si souvent évoquée de ce « millefeuille territorial » était une nécessité.
De ce point de vue, la réforme territoriale engagée notamment par
les lois MAPTAM de janvier 2014 et NOTRé d’août 2015 constitue une
avancée notable. Elle parachève le développement déjà bien engagé de
l’intercommunalité en réduisant fortement le nombre de groupements
intercommunaux, ouvrant la voie à un approfondissement des
mutualisations. Elle donne un nouveau statut aux métropoles, chargées
d’être les locomotives du développement du territoire. Elle crée des régions
de taille européenne dont la gestion pourra dégager à terme des économies
d’échelle. Elle étend leur compétence dans le domaine des transports et en
fait les collectivités responsables du développement économique.
Pour autant, cette réforme doit être considérée comme une première
étape. Elle ne supprime aucun niveau d’administration publique, hormis
sur le territoire de la métropole de Lyon, et en ajoute même un sur celui
des métropoles du Grand Paris et d’Aix-Marseille-Provence. Elle n’apporte
pas la clarification nécessaire de la répartition des responsabilités entre
catégories de collectivités locales. Peu de limites nouvelles sont opposées
aux pouvoirs d’intervention de chacune d’entre elles, malgré la suppression
de la clause générale de compétence des départements et des régions, sauf
en matière de développement économique au prix d’un cadre juridique très
complexe qui laisse des attributions non négligeables au département.
La Cour aura ces prochaines années l’occasion d’analyser l’impact
de la réforme territoriale, dans ses différentes composantes, sur les finances
publiques locales. Un recul minimum est nécessaire pour apprécier dans
quelle mesure se matérialiseront les risques de surcoûts pérennes, liés à
l’harmonisation des modes de gestion des ressources humaines et des
dispositifs d’intervention publique dans les régions fusionnées ou les
nouveaux groupements intercommunaux. Alors que de nombreux chantiers
administratifs, liés à la mise en oeuvre de la réforme, sont à l’oeuvre, la Cour
appelle les collectivités à une vigilance particulière sur ces risques en
dépenses.
Des efforts de gestion à inscrire dans la durée
Le principal levier de maîtrise des finances publiques locales est
dans les mains des assemblées délibérantes et des exécutifs locaux. Sous
l’effet de la baisse de 20 % de la dotation globale de fonctionnement
(DGF), soit plus de 8 Md€, entre 2013 et 2016, les collectivités locales ont
à l’évidence adapté leurs modes de gestion et d’organisation. Déjà
perceptibles au terme de l’exercice 2015, les résultats de leurs efforts de
gestion sont bien visibles dans leurs comptes de 2016. L’analyse de ces
derniers, à laquelle s’est livrée la Cour comme chaque année, montre que
des mesures d’économie ont permis aux collectivités de ralentir (bloc
communal), stabiliser (départements) ou réduire (régions) leurs charges de
fonctionnement. La faible hausse de la masse salariale laisse entrevoir,
même si les données statistiques sur la fonction publique territoriale ne sont
pas encore disponibles, une baisse des effectifs. Tous les postes de
dépenses sont concernés. Dans les départements et les collectivités du bloc
communal, par exemple, les achats de biens et de services ont reculé depuis
trois ans et le versement de subventions de fonctionnement s’est réduit
depuis deux ans.
Au total, malgré la nouvelle baisse sensible des concours financiers
de l’État, les trois catégories de collectivités locales, considérées chacune
globalement, sont parvenues à améliorer leur équilibre financier (épargne
brute) dans une proportion plus ou moins forte, dépendant de l’évolution
de leurs recettes fiscales. Pour autant, cette amélioration ne les a pas
conduites à augmenter leurs investissements. Dans les trois catégories, la
situation financière des collectivités reste encore fragile comme l’atteste,
en moyenne, le bas niveau de l’autofinancement du bloc communal et des
départements.
Il est difficile de prévoir si les collectivités locales auront maintenu
en 2017 leurs efforts de gestion. D’une part, en dépit d’une nouvelle baisse
de la DGF, elles sont globalement soumises à une contrainte financière
moins forte qu’en 2016 grâce au dynamisme de la fiscalité directe et
indirecte. D’autre part, elles doivent intégrer en programmation et en
exécution budgétaires l’impact à la hausse sur leurs dépenses de
fonctionnement de mesures prises au plan national, notamment en matière
de rémunération des agents publics (revalorisation du point d’indice de la
fonction publique, application du protocole « Parcours professionnels,
carrières et rémunérations »). De surcroît, les coûts de transition liés à la
mise en oeuvre de la réforme territoriale feront sentir leurs effets sur
l’évolution des dépenses des collectivités et ne vont pas en faciliter la
maîtrise. Enfin, ces dernières devraient s’attacher à conforter leur
autofinancement pour assurer, au moins au sein du bloc communal, la
reprise prévisible des investissements.
La Cour rappelle que les efforts de gestion nécessaires concernent
aussi la qualité et la fiabilité des comptes publics locaux, qui souffrent
encore de nombreuses anomalies relevées par les chambres régionales des
comptes, alors qu’elles doivent garantir une analyse objective de la
situation financière de chaque collectivité.
Une grande diversité de situations à prendre en compte
Les administrations publiques locales constituent un ensemble
particulièrement hétérogène, y compris au sein de chaque catégorie de
collectivités. Comme le montrent les exemples cités dans le présent
rapport, l’évolution positive des finances locales en 2016 ne doit pas
masquer la grande diversité des situations. Du fait des inégalités de
ressources et de charges, toutes les collectivités ne disposent pas des
mêmes marges de manoeuvre financières pour s’adapter à une contrainte
budgétaire accrue. Certaines connaissent de grandes difficultés et d’autres
une relative aisance. Les efforts de gestion globalement perceptibles ont
été entrepris de façon inégale au sein de chaque catégorie de collectivités.
D’importantes marges de progrès subsistent.
De grandes différences de situation peuvent être constatées, par
exemple, en fonction des territoires ou des catégories de collectivités
locales. Le présent rapport en apporte une double illustration par l’analyse,
d’une part, de la situation financière des collectivités des départements
d’outre-mer et, d’autre part, de l’impact des dépenses sociales sur
l’équilibre financier des départements.
La situation financière des collectivités locales d’outre-mer
Dans l’ensemble, les collectivités des départements de La Réunion,
la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique bénéficient d’un niveau élevé
de ressources grâce à la perception d’impôts indirects locaux, propres à
l’outre-mer, l’octroi de mer et la taxe spéciale sur la consommation de
carburants. Leurs recettes atteignent des montants moyens par habitant
nettement plus élevés qu’en métropole ce qui favorise un niveau très
supérieur de dépenses de fonctionnement. En particulier, de nombreuses
collectivités ont des effectifs manifestement surdimensionnés. En
conséquence, les deux tiers des collectivités de ces quatre départements
connaissent une situation financière fragile, dégradée ou critique, qui se
traduit par des difficultés d’exploitation de leurs services publics et par la
faiblesse de leur capacité d’autofinancement. Le niveau des
investissements est néanmoins élevé grâce au flux soutenu des subventions
de l’État et de l’Union européenne, ce qui n’empêche pas un recours
important à l’emprunt.
Le redressement de cette situation financière très préoccupante
passe d’abord par un effort de gestion de la part des collectivités des
différents échelons. Les services de l’État, préfectures et directions des
finances publiques, ainsi que l’Agence française du développement (AFD)
sont très présents. Cependant, le soutien qu’ils leur apportent ne
s’accompagne pas suffisamment de mesures de rationalisation. Les
subventions d’investissement comme les soutiens financiers exceptionnels
ne sont assortis d’aucune contrepartie réelle en terme de maîtrise accrue
des dépenses de fonctionnement et de redressement de la capacité
d’autofinancement des collectivités.
Les orientations esquissées par la Cour consistent à la fois à
réorienter du fonctionnement vers l’investissement une partie des recettes
spécifiques précitées, à introduire davantage de conditionnalité dans
l’attribution des subventions et à soutenir les collectivités en moyens
d’expertise et d’ingénierie en vue de renforcer leur professionnalisme en
matière de gestion administrative et budgétaire, et de pilotage de projets
d’investissement.
L’impact des dépenses sociales sur l’équilibre financier des
départements
Les dépenses sociales (versement du RSA, aide sociale aux
personnes âgées et aux personnes handicapées, aide sociale à l’enfance)
représentent plus de la moitié des dépenses de fonctionnement des
départements. Leur forte augmentation (25 % de 2010 à 2016) est
principalement responsable de la dégradation d’ensemble de la situation
financière de ces collectivités. Le taux de couverture des dépenses sociales
par les financements spécifiques de l’État (57 % en 2015) s’est dégradé au
cours des dernières années. La part des dépenses non couvertes a augmenté
bien plus que les autres recettes de fonctionnement des départements, ce
qui a provoqué une dégradation de leur équilibre financier. Toutefois,
l’impact de la hausse des dépenses sociales est très différent selon les
départements.
Les départements disposent de leviers, qu’ils pourraient employer
davantage, pour mieux maîtriser l’évolution de leurs dépenses sociales.
D’une part, ils possèdent un pouvoir de décision, certes variable selon les
prestations, dans l’exercice proprement dit de leurs compétences sociales.
Ainsi, les contrôles des chambres régionales des comptes montrent que
certains départements ont commencé à prendre davantage en compte la
dimension budgétaire dans la définition des plans d’aide aux personnes
prises en charge et le choix du mode d’hébergement ainsi que dans la
régulation de l’offre d’hébergement et de services par les établissements
sociaux et médico-sociaux (ESMS), et dans l’exercice de leur autorité
tarifaire à l’égard de ces établissements.
D’autre part, les départements disposent aussi de marges de
manoeuvre dans la gestion de leurs services chargés de la mise en oeuvre
des politiques sociales. Là également, les contrôles des chambres
régionales mettent en lumière des exemples de bonnes pratiques en matière
de maîtrise des effectifs et d’organisation des services sociaux, des
systèmes d’information, de recouvrement des participations des
bénéficiaires et de développement des contrôles (obligations des
bénéficiaires du RSA, gestion des ESMS, effectivité des prestations de
services, indus, fraude).
Il est regrettable que les pratiques innovantes des départements dans
l’exercice de leurs compétences sociales ne soient pas recensées, évaluées
et diffusées plus systématiquement.
Les données disponibles (Insee, CNAF, DREES, CNSA) montrent
que, même si elles ont ralenti en 2016, les dépenses sociales des
départements devraient continuer de croître plus rapidement que leurs
produits de fonctionnement. La soutenabilité de ces dépenses peut
néanmoins être assurée à court et moyen termes à une double condition.
D’une part, les départements doivent étendre les efforts de gestion
déjà engagés pour mieux maîtriser leurs dépenses de fonctionnement,
notamment leur masse salariale. D’autre part, il convient de mieux répartir
les ressources fiscales entre eux en renforçant la péréquation dite
« horizontale » de façon à corriger l’effet du cumul des inégalités de
richesse et de charges.
Au-delà cependant, la question du financement des dépenses sociales
des départements reste posée. Actuellement, pour combler le différentiel
entre la croissance de leurs dépenses sociales et celles de leurs recettes de
fonctionnement, les départements réduisent chaque année un peu plus les
moyens prévus pour l’exercice de leurs autres compétences. Une telle
pratique n’est pas durable, ce qui pourrait conduire, notamment, à remettre
sur la table la réforme consistant à recentraliser le financement du RSA.
Au total, tant l’analyse financière par catégorie de collectivités que
celle portée sur les départements d’outre-mer ou sur l’impact des dépenses
sociales des départements montrent que des marges d’action existent,
encore insuffisamment exploitées, qui peuvent permettre aux gestionnaires
locaux de parvenir à une meilleure maîtrise des dépenses des collectivités.
Des relations entre l’État et les collectivités locales à adapter
Indispensable dans les prochaines années, possible au regard des
marges d’action existantes, le prolongement des efforts de gestion des
collectivités relève de la responsabilité des élus locaux. Ce constat appelle
également une évolution des relations entre l’État et les collectivités locales.
Au niveau national, la gouvernance des finances publiques locales
s’exerce essentiellement par le biais des concours financiers de l’État sous
enveloppe normée, d’un montant total de 47 Md€ en 2017. Leur baisse
entamée en 2014 et prolongée de 2015 à 2017 par la loi de programmation
des finances publiques aura constitué un levier efficace pour infléchir
l’évolution des dépenses des collectivités, précédemment solidement
orientée à la hausse. La Cour recommande d’ailleurs de la prolonger en
2018 et les années suivantes, mais selon des modalités renouvelées.
Le dispositif actuel d’une contribution des collectivités prélevées
principalement sur la part forfaitaire de leur DGF a atteint sa limite. Il est
devenu inévitable d’élargir l’assiette de la contribution. Le nouveau
dispositif devrait avoir pour objectif une meilleure maîtrise de la dépense
en réduisant la part des dotations forfaitaires et en renforçant celle des
dotations de péréquation. Il devrait aussi abandonner une approche
uniforme en tenant désormais compte de la diversité des situations locales
en termes de ressources et de charges.
Cependant, cette approche financière n’est pas suffisante. Les
relations entre l’État et les collectivités territoriales devraient s’adapter au
partage des responsabilités en matière de maîtrise des finances publiques
locales. Comme la Cour l’a déjà souligné dans ses rapports précédents, ces
relations se caractérisent par un manque persistant de concertation de l’État
avec les collectivités locales sur leur trajectoire financière. Ce déficit de
dialogue est patent chaque année au moment de la détermination de
l’objectif d’évolution de la dépense locale (ODEDEL) en loi de
programmation ou en loi de finances initiale, ou lors de l’élaboration au
printemps du programme de stabilité adressé à la Commission européenne,
qui engage le Gouvernement y compris sur la trajectoire financière des
APUL.
Il est essentiel que, dans le respect du principe constitutionnel de
libre administration des collectivités territoriales, les prévisions relatives à
leur trajectoire financière soient élaborées dans le cadre d’un exercice
partagé. Une telle évolution est un préalable pour que ces prévisions
gagnent en fiabilité et en crédibilité. Elle s’impose d’autant plus si, comme
le recommande la Cour, la gouvernance des finances publiques se renforce
par l’adoption d’un objectif de dépense publique en valeur et le vote d’une
loi de financement des collectivités locales.
Les prévisions relatives à la trajectoire financière des collectivités
locales devraient mieux prendre en compte l’impact budgétaire des
décisions de l’État. Malgré certains progrès, améliorer la qualité de
l’évaluation du coût des normes reste une priorité. La Cour a déjà relevé
les conditions insatisfaisantes de cette évaluation. Elle insiste dans le
présent rapport sur les pistes permettant d’en améliorer la fiabilité, comme
le lancement d’évaluations ex post ou la consolidation du coût global des
réformes portées par un ensemble de textes législatifs et réglementaires.
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