Covid-19 : adaptation des règles électorales du fait du report de la date du second tour des élections municipales

On se souvient que l’article 19 n° 2020-290 du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19 a, dans les communes où un second tour est nécessaire, reporté celui-ci à une date fixée par décret et au plus tard au mois de juin 2020.

Compte des incidences de ce report sur les règles électorales applicables, le président de la République a signé le 1er avril 2020 une ordonnance n° 2020-390 relative au report du second tour du renouvellement général des conseillers municipaux et communautaires, des conseillers de Paris et des conseillers de la métropole de Lyon de 2020 et à l’établissement de l’aide publique pour 2021.

Voici les principales mesures prévues par cette ordonnance.

En premier lieu, l’ordonnance tire les conséquences sur les opérations préparatoires au vote d’un report de plusieurs semaines du second tour, là où l’article L. 56 du code électoral prévoit qu’ « en cas de second tour de scrutin, il y est procédé le dimanche suivant le premier tour ».

A ce titre, elle prévoit que :

1/ Le second tour devra être organisé dans un cadre similaire à ce qui aurait été prévu en l’absence de report, mais les listes électorales pourront être ajustées.

Ainsi, conformément aux règles applicables pour les scrutins à deux tours qui forment un même ensemble électoral, l’article 1er prévoit que les listes électorales arrêtées pour le premier tour seront reprises pour le second tour. Elles seront seulement ajustées, le cas échéant, des électeurs qui, dans l’intervalle, sont devenus majeurs ou qui ont acquis la nationalité française, inscrits d’office par l’Institut national de la statistique et des études économiques. Seront également prises en compte les inscriptions et les radiations sur décision de justice, ainsi que les radiations pour cause de décès.

Les autres inscriptions sur les listes électorales effectuées par le maire ou la commission de contrôle des listes électorales ne prendront effet qu’au lendemain du second tour. Également, aucune radiation pour perte d’attache communale ne pourra intervenir jusqu’à cette date. Le corollaire est que, pour les candidats au second tour, l’attache communale prouvée lors du dépôt des candidatures clos le 27 février 2020 demeure établie.

2/ En ce qui concerne les modalités de dépôt de déclaration de candidature en vue du second tour, l’article 2 complète la loi précisant déjà que les déclarations de candidature peuvent être déposées au plus tard le mardi suivant la publication du décret de convocation des électeurs, lui-même publié au plus tard le 27 mai 2020.

Les candidatures qui auraient été enregistrées en préfecture ou en sous-préfecture les 16 et 17 mars 2020 demeurent valables. Toutefois, l’ordonnance renvoie au décret de convocation des électeurs pour le second tour de scrutin le soin de fixer l’ouverture d’une période complémentaire de dépôt des candidatures et permet aux candidats qui auraient déjà déposé leur candidature de la retirer.

3/ En ce qui concerne certaines règles applicables aux candidatures dans les communes de moins de 1 000 habitants où « seuls peuvent se présenter au second tour de scrutin les candidats présents au premier tour, sauf si le nombre de candidats au premier tour est inférieur au nombre de sièges à pourvoir » aux termes de l’article L. 255-3 du code électoral, l’article 3 apporte des précisions. Le nombre de sièges à pourvoir s’apprécie en fonction du nombre d’élus au premier tour du scrutin, sans que ne soient prises en compte les vacances qui pourraient intervenir dans l’intervalle.

4/ Les règles relatives au dépôt et au contrôle des comptes de campagne sont précisées à l’article 4. La loi reporte déjà la date limite de dépôt des comptes de campagne à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) au 10 juillet 2020 pour les listes de candidats dans les communes de 9 000 habitants et plus non admises ou ne présentant par leur candidature au second tour et au 11 septembre 2020 pour celles se présentant au second tour. L’article 4 clarifie les dispositions de la loi relatives au délai de dépôt en précisant que la date limite de dépôt des comptes de campagne est fixée au 10 juillet 2020 pour l’ensemble des listes uniquement présentes au premier tour (listes dans les communes où le conseil municipal a été élu dès le premier tour, listes de candidats non admises ou ne présentant par leur candidature au second tour).

En outre, en raison notamment des difficultés de recrutement liée à la période estivale, le délai qui s’impose à la CNCCFP pour statuer sur les comptes des circonscriptions visées par des recours devant le juge de l’élection est porté à trois mois (au lieu de deux), par dérogation aux dispositions de l’article L. 118-2 du code électoral.

5/ Afin de ne pas léser les requérants qui n’ont pu consulter la liste d’émargement après le premier tour, l’article 5 aménage la possibilité dans toutes les communes, à tout électeur requérant, de se la voir communiquer, à compter de l’entrée en vigueur du décret de convocation des électeurs pour le second tour, ou à défaut à compter de l’entrée en fonction des conseillers municipaux élus dans les communes pourvues entièrement dès le premier tour, et jusqu’à la clôture du délai de recours contentieux prolongé par l’ordonnance n° 2020 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l’ordre administratif.

En deuxième lieu, la démission d’un candidat élu au premier tour ne prend effet qu’à son entrée en fonction différée en application de la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19, dans la mesure où l’on ne peut renoncer à un mandat que l’on ne détient pas encore. Ceci permettra en outre de considérer le conseil municipal complet afin de permettre l’élection du maire lors de la première réunion du conseil municipal (art. 5).

En troisième lieu, la date limite de dépôt à la CNCCFP des comptes des partis et groupements politiques pour l’exercice 2019 est reportée au 11 septembre 2020 (art. 6).

Ce décalage doit être répercuté à toutes les étapes du calendrier en vue de l’établissement de la seconde fraction de l’aide publique. Ainsi, la CNCCFP ne sera en capacité de se prononcer sur les comptes des partis politiques et, le cas échéant, de les priver d’éligibilité à l’aide publique en cas de manquement aux obligations de la loi de 1988 relative à la transparence de la vie politique, que le 31 décembre 2020.

Ainsi, exceptionnellement cette année, en vue du versement de l’aide publique de l’année 2021, l’article 7 prévoit un rattachement des parlementaires en janvier 2021 et une transmission au Premier ministre au plus tard le 31 janvier 2021 la répartition des membres du Parlement entre les partis politiques, telle qu’elle résulte de leur déclaration. Ce calendrier revu doit permettre de verser l’aide publique aux partis politiques en février, comme habituellement.

L’ordonnance peut être consultée à partir du lien suivant :

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041776951&dateTexte=&categorieLien=id