Le Conseil d’Etat impose au CSA plus de tolérance sur l’irrévérence

Citons les faits tels que narrés par le Conseil d’Etat :

« 5. Il ressort des pièces du dossier que, le 10 janvier 2020, lors de l’émission  » Par Jupiter !  » programmée entre 17h et 18h sur le service radiophonique France Inter, a été diffusée une séquence à vocation satirique intitulée  » La chanson de Frédéric A… « , au cours de laquelle M. A…, en réaction à la décision d’une autorité judiciaire brésilienne qui avait interdit un film présentant Jésus Christ comme une personne homosexuelle, a chanté une chanson dont le texte affirmait, en des termes souvent obscènes et grossiers, l’homosexualité de ce dernier. »

Subtil… Mais pas plus grossier que d’autres satires faites sur d’autres supports et qui font partie intégrante de ce droit à la caricature qui marque notre société, et qui n’est pas toujours compris à l’étranger y compris par des sociétés tout à fait laïques.

Le CSA a sanctionné cette diffusion.

Le Conseil d’Etat a sanctionné la sanction. En voici l’explication :

« la diffusion de cette chanson, qui visait à critiquer les attitudes de discrimination à l’égard des personnes homosexuelles et dont les termes ne comportaient aucun encouragement à la discrimination envers un groupe de personnes déterminé à raison de leur religion, s’inscrivait dans le cadre d’une séquence à vocation explicitement satirique. Malgré leur caractère outrancier, ces propos, qui sont restés isolés et ont au demeurant fait l’objet d’excuses ultérieures de M. A… et de la société Radio France, ne peuvent dès lors être regardés ni comme excédant les limites de la liberté d’expression ni, s’agissant de la société nationale de programme qu’est la société Radio France, comme caractérisant une méconnaissance par cette société de son obligation légale de concourir à la cohésion sociale et à la lutte contre les discriminations de nature à justifier que le CSA fasse usage à son encontre des pouvoirs » [de sanction qu’il détient]

Donc cette émission qui se pique de prétentions humoristiques a, in fine, évité les foudres jupitériennes. Pas sur que cette chronique ne mérite pour autant d’intégrer un quelconque Panthéon.

Source : CE, 6 mai 2021, n° 440091