Et, pour son voyage inaugural, le Paquebot Légifrance percuta un iceberg…

Ce n’est pas une révolte, capitaine. C’est une mutinerie. Une mutinerie des passagers du Légifrance, qui pour son voyage inaugural, après un lancement samedi dernier, percuta visiblement des séries d’icebergs virtuels… Pour les utilisateurs, pour ces milliers de soutiers du droit, il en résulte un naufrage bien réel.

Légifrance a commencé par sortir de son chantier naval en fanfare, avec une modification décrétale au JO et les meilleurs observateurs (en l’espèce precisement.org) pouvaient faire un comparatif intéressant, et nuancé, sur l’ancien et le nouveau mode de navigation sur ce site :

 

Puis vint le lancement samedi, avec déjà une difficulté à godiller même par le temps calme de ce week-end (usage peu intuitif notamment, étrangetés dans les recherches, CNIL difficile à trouver voire introuvable). Mais bon… tout changement impose d’en passer par quelques adaptations et d’oublier les récriminations qui vont avec.

Mais, depuis samedi, tout est allé de mal en pis.

Lundi, c’étaient les dates qui ne fonctionnaient pas, les paramètres de recherche qui aboutissaient à des impossibilités ou des erreurs (et parfois à des dispositions périmées ? ou en affichage ridiculement petit et non « grossissable » ?), des erreurs 404 à la pelle nous ramenant à notre prime jeunesse, etc. Mais bon… ça peut arriver.

Jusqu’à ce jour (15 septembre au soir) où l’outil ne fonctionne carrément plus sauf pour aller chercher les derniers JO… et sauf en général pour ceux qui se connectent depuis leur mobile.

Quel naufrage ! Quelle absence de communication depuis un simple tweet d’hier de la DILA. Quand le bateau coule, n’informe-t-on plus les passagers ? Je nous croyais vivant une période d’hypercommunication, et là nous voici tous sombrant dans le noir de l’Internet et le silence des informations officielles.

On devine les services en cause, de la DILA, en train de travailler jour et nuit à réparer ici une fuite, là à écoper avec les moyens du bord… et on leur souhaite bon courage. Cela peut arriver…

Demain matin, ou dès cette nuit, les juristes passagers du service public, eux, vont tenter de trouver des canots de sauvetage… qui sont hélas les outils du secteur privé…

Pour une structure comme la nôtre qui a plus de 80 K€ Ht de frais de documentation par an, le péril est à relativiser. Nous ne serons pas noyés.

Mais qu’en sera-t-il de ceux qui utilisent Légifrance faute d’autre outil ? et qui n’ont pas, ou peu, accès aux autres bases de données ?

C’est si dramatique que force nous est d’en appeler Hugo à la rescousse :

Ô combien d’avocats, combien de juristes
Qui sont partis joyeux en recherches archivistes,
Et dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans un Internet sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de recherches mortes et de notes au naufrage !
L’ouragan de la DILA a pris toutes les pages
Et d’un souffle il a tout dispersé, de Légifrance chaque mot !
Nul ne saura l’état du droit, dans l’abîme plongé.
Chaque recherche en passant d’un agacement s’est chargée ;
L’une a saisi nos nerfs, l’autre nous fit sombrer dans les flots !

 

NB oui j’exagère. Un peu. A peine. J’ai une excuse ; essayez de jouer cette nuit avec Légifrance qui ne marche pas et en ayant plus de 40 de fièvre…