Mémoires récapitulatifs et clôture d’instruction : après l’heure, c’est… encore l’heure

Un requérant peut se voir imposer de produire un mémoire récapitulatif… même si l’instruction a été close. Après l’heure, c’est encore l’heure. 

 

L’article R. 611-8-1 du code de justice administrative (CJA) permet au juge d’imposer aux parties de remettre un peu d’ordre dans leurs idées et mémoires en imposant un mémoire récapitulatif (obligation qui n’est pas si exotique que cela : c’est obligatoire dans certaines procédures civiles par exemple) :

« Le président de la formation de jugement ou, au Conseil d’Etat, le président de la chambre chargée de l’instruction peut demander à l’une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l’instance en cours, en l’informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. En cause d’appel, il peut être demandé à la partie de reprendre également les conclusions et moyens présentés en première instance qu’elle entend maintenir.

« Le président de la formation de jugement ou, au Conseil d’Etat, le président de la chambre chargée de l’instruction peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l’issue duquel, à défaut d’avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l’alinéa précédent, la partie est réputée s’être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. La demande de production d’un mémoire récapitulatif informe la partie des conséquences du non-respect du délai fixé.»

 

Quand un tel délai, tel que prévu par le second alinéa de cet article, est fixé, et que ce délai n’est pas respecté, il peut en résulter un désistement.

On a déjà appris en juin 2018 que le Conseil d’Etat accordait une telle importance à cette obligation que le juge peut demander au requérant une telle récapitulation si le dossier comporte des mémoires en défense alors même que le requérant, lui, n’a produit que sa requête !!! Voir :

Un autre arrêt, rendu lui le 8 février 2019 par le Conseil d’Etat, poursuit cette exigence, là encore aux frontières de l’absurde, les sages du Palais Royal ayant posé que :

« la seule circonstance que l’instruction était close à la date à laquelle le président de la formation de jugement a demandé à la partie en cause de produire un mémoire récapitulatif n’est, par elle-même, de nature ni à exonérer cette partie de l’obligation de produire un tel mémoire dans le délai qui lui est imparti, ni à faire obstacle à ce qu’un désistement soit constaté à défaut de respect de cette obligation ».

 

Imposer que le juge rouvre l’instruction en pareil cas serait la moindre des choses, par souci de contradictoire et par clarté… Mais bon, le Conseil d’Etat a tranché.

 

Le juge administratif ne peut néanmoins totalement agir à sa guise. Car, toujours selon le Conseil d’Etat (mais cela n’est pas nouveau), à l’occasion de la contestation de l’ordonnance prenant acte du désistement d’un requérant en l’absence de réponse à l’expiration du délai qui lui a été fixé pour produire un mémoire récapitulatif :

« il incombe au juge, saisi de moyens en ce sens, de vérifier que l’intéressé a reçu la demande mentionnée par les dispositions précitées de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative, que cette demande fixait un délai d’au moins un mois au requérant pour répondre et l’informait des conséquences d’un défaut de réponse dans ce délai, enfin que le requérant s’est abstenu de répondre dans le délai requis. »

 

Voir CE, 8 février 2019, n° 418599, à publier aux tables du recueil Lebon :

http://arianeinternet.conseil-etat.fr/arianeinternet/getdoc.asp?id=215559&fonds=DCE&item=13

 

Hommage au lapin qui court après le temps dans Alice au pays des merveilles (sinon c’est à la requête qu’on coupe la tête) ? Hommage déjanté à Dali qui ne l’était pas moins ? Hommage aux théories de la relativité ? Ou hommage aux indispensables marges de manoeuvres dont ont besoin les juges alors que les justiciables, eux, peuvent considérer que tout retard vaut couperet contentieux ? En tous cas, nous savons maintenant qu’il peut y avoir obligation de récapituler quand il n’y a rien à récapituler ET obligation de récapituler même après la clôture d’instruction si le juge en décide ainsi. Le temps s’enfuit… il fuit même le bon sens. 

 

giphy

 

 

Source : https://www.reddit.com/r/Cinemagraphs/comments/5kqj3e/29_persistence_of_time_derived_from_the/