A la rencontre des membres de nos équipes : aujourd’hui… heu…. ben moi, c’est mon tour (Eric LANDOT)

Chaque vendredi, nous vous avons présenté un membre de notre cabinet. J’ai repoussé ce moment autant que je l’ai pu, mais voilà.. C’est mon tour. Alors on y va. Je m’présente : Eric Landot. Pour vous servir. 

 

1/ Quelle drôle d’idée que de créer, en 1998, il y a 25 ans, un cabinet ? 

Pendant 6 ans, j’avais adoré travailler à l’AMF, mais j’avais peur de tourner en rond et de ne pas être aussi poussé à me dépasser que lorsqu’on fait mon métier actuel.
J’avais aimé travailler, auparavant, comme consultant, mais j’en avais soupé des cabinets où l’on prétend savoir tout faire, du droit aux finances en passant par la technique. Dans nombre d’officines de ce monde là (mais pas toutes !) on croit réussir à créer le mouton à 5 pattes alors que l’on produit guère, en série, qu’un gigot industriel.
J’avais peu goûté, en revanche, mon bref passage dans un cabinet d’avocats au Conseil d’Etat : trop théorique, pas assez opérationnel.

Alors, en septembre 1998, je me suis installé avec un ami (qui est resté un ami, mais nos chemins professionnels se sont vite séparés).
Je n’avais pas un seul client, mais j’avais (déjà) largement tant d’ouvrages et d’articles à écrire que je pouvais en vivre. C’était le début. 25 ans après, la passion est toujours là. Plus vive, encore, même, je crois.

 

2/ Quelle culture donner, alors, au cabinet ?

C’est simple : comme tout à chacun, j’ai voulu tirer les leçons de mes expériences.

J’ai ardemment souhaité être plus concret que ce que j’avais trop vu chez certains confrères, mais tout en apprenant de la rigueur de la majorité d’entre eux. Je voulais bâtir de solides consultations juridiques, mais avec des solutions concrètes, des schémas, des scénarios alternatifs et des résumés opérationnels. Je voulais être solide au contentieux, mais sans que le vocabulaire propre à cet art n’obscurcisse mes propos au conseil.

Il était évident qu’il fallait intégrer les finances et la technique comme je l’avais souvent constaté chez autrui, mais sans avoir la prétention de tout maîtriser, sinon on oublie que l’on est avant tout un artisan d’un métier qui s’apprend dans la durée, avec exigence.

C’est aussi pour cela que j’ai voulu ensuite que se forment des petites équipes spécialisées, à taille humaine, pour structurer le cabinet lorsque celui-ci a grossi. Parce qu’on est plus mobilisé en petites équipes et, surtout, pour que ne se perde pas l’esprit artisanal de notre métier, le rapport de compagnon à maître artisan qui forge l’apprentissage de l’avocature.


3/ Avec quels enthousiasmes ?

On fait un métier formidable… On passe du pur bonheur d’un beau syllogisme juridique (qui est un vrai plaisir intellectuel), à la joie très concrète d’une réunion réussie où des élus se sont mis d’accord sur un projet après avoir failli se fâcher entre eux. On glisse du colloque universitaire à la brève potache (trop potache parfois, oui je sais) sur notre blog. On s’amuse à plaider en référé pour, juste après, assurer une formation. C’est juste génial tant tout ceci est varié. J’aurai bientôt 58 ans. Donc sans la pression qui naît de ces exercices aux exigences si différentes, je crois que je me serais ennuyé. Et il n’est pas dans ma nature de supporter l’ennui.

L’autre grand plaisir de notre pratique professionnelle, c’est l’échange. En droit public, quand on travaille pour des administrations, nous avons des interlocuteurs qui sont du même monde que nous. Ces juristes nagent dans les mêmes eaux que nous et nous pouvons échanger, débattre. D’ailleurs, cela nous remet en question, ce qui fait un bien fou.

Nous n’avons pas, ou pas trop, le risque de se nécroser à force de pontifier (au contraire de ceux qui ont des profanes en clientèle) : avec des interlocuteurs en droit public dans des administrations publiques, ce risque disparaît car nos clients nous « challengent » en permanence (je déteste ce mot mais, là, pour une fois, son usage me semble approprié).

 

4/ Pourquoi avoir choisi que le cabinet travaille « du côté du public » ?

A l’origine, c’était pour éviter les conflits d’intérêts. Nous avions, et avons encore, toujours les mêmes grands groupes en face de nous, au contentieux, ou en commande publique, voire en urbanisme. C’était donc un choix éthique… et si le mot semble prétentieux, qu’on se souvienne que ce choix a pour nous un coût.. puisque les entreprises payent au moins deux fois plus à l’heure que les administrations publiques !

Aujourd’hui, c’est aussi une satisfaction. Jeune, je voulais être agent public. J’ai fait du droit (de 1983 à 1987, puis de 1992 à 2000) pour faire Sciences Po Paris (1987-1990)… afin, in fine, de me porter candidat à des concours administratifs. Pour servir l’intérêt général. Mes stages, à l’époque, ne m’ont pas conforté dans ce choix initial. Mais en travaillant ensuite à l’AMF, puis en étant avocat, aujourd’hui, j’ai le sentiment vraiment de servir l’intérêt général, la collectivité… tout en ayant cette indépendance qui est, profondément, dans ma nature. Cela va faire idiot ou prétentieux que de dire que je suis fier de servir le monde public. Mais tant pis. Je le dis. Parce que c’est très, très ancré en moi.

 

4/ Quelles contraintes ?

J’ai tout d’abord les mêmes contraintes que celles que connaissent nombre de cadres territoriaux : on travaille avec les services le jour, et on voit les élus le soir (moins qu’il y a 25 ans tout de même) ! Si j’ajoute à cela le décorticage de l’actualité juridique très tôt le matin, cela laisse peu de temps pour dormir.

L’autre contrainte, ensuite, c’est celle propre à ce métier. Nous sommes notre propre outil. Tous nos défauts se retrouvent dans notre travail. Donc s’améliorer, c’est lutter contre ses travers et optimiser ses qualités. Cela conduit à un paradoxe puisqu’il faut réussir à cultiver le doute, la remise en question (sinon on fait des bêtises, on ne revérifie pas, on ne tente pas un syllogisme alternatif…) mais si ce doute nous envahit et nous bloque, nous servons mal nos clients. Il faut donc réussir à être tel le canard, calme en surface, mais sans jamais cesser de s’agiter sous la ligne de flottaison.

Une dernière difficulté, enfin, consiste pour moi à être le généraliste du cabinet. Dans chaque domaine, il y a des gens plus compétents que moi dans nos équipes. Et c’est fort bien ainsi. Pour nos clients comme pour eux. Mais je dois pouvoir faire le lien entre les domaines. Voir si un problème de fonction publique n’a pas une solution en droit de la mutualisation intercommunale. Si une urgence en commande publique ne trouve pas sa solution dans l’usage de pouvoirs de police, tout simplement. Etc. C’est passionnant. Mais épuisant.

Une des raisons pour lesquelles j’écris tant sur le blog est que c’est le moyen pour moi de faire mes gammes. De me tenir à jour. De revérifier à chaque fois le droit applicable dans tel ou tel domaine. C’est le moyen de me forcer à rester un bon généraliste du droit public, en complément de nos équipes spécialisées. Mais parfois j’aimerais dormir un peu plus…

 

5/ De manière anonymisée, pouvez vous donner deux ou trois indications sur des dossiers qui vous ont marqué ? Pourquoi avoir choisi ces dossiers là ?

Ce sont évidement les premiers dossiers où des clients m’ont fait confiance qui me viennent, alors, en mémoire. La transformation de deux communautés de communes en communautés d’agglomération, avec un travail d’accouchement de consensus très délicat. La constitution de syndicats des eaux avec des gouvernances très novatrices, qui d’ailleurs depuis se sont répandues sur le territoire national, avec bonheur.

Je pense aussi à des négociations contractuelles très complexes qui se sont bien terminées, notamment à une en matière de déchets, qui a été longue, tendue et qui s’est terminée, je crois, sur un franc succès.

J’ai une petite fierté aussi à propos d’un dossier récent porté à un très haut niveau de l’Etat sur des enjeux majeurs, qui je le crois va changer des choses en bien dans un grand territoire… Ou aussi à un référé très amusant, en matière de commande publique, où je crois que nous avons bien rusé, pour le plus grand bonheur du client.

Mais la satisfaction la plus forte reste quand on se bat au pénal du monde public pendant des années et qu’à la fin on gagne…

 


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