Voici le texte de la « loi spéciale » adoptée faute de loi de finances

A bien été votée, in extremis… et de profondis, la « loi de finances de fin de gestion pour 2024 » (n° 2024-1167 du 6 décembre 2024).

Mais la chute du Gouvernement, en décembre 2024 nous conduit à ne pas avoir de loi de finances en bonne et due forme.

NB : rappelons aussi qu’en pareil cas il est aussi possible de reprendre le projet de loi de finances du Gouvernement Barnier… que le Gouvernement Bayrou pourrait adopter par ordonnance. Mais cette solution n’est possible en droit que si l’on estime que le Parlement ne s’est pas (par sa motion de censure) « prononcé » au sens de l’article 47, 3e al., de la Constitution. Ce point est, aujourd’hui, débattu entre constitutionnalistes. 

Notre droit permet en effet de faire chuter des Gouvernements par des alliances de partis qui pourtant ne sont pas prêts à gouverner ensemble, au contraire de ce qui se passe dans d’autres Démocraties (Allemagne, Espagne, Belgique, Pologne… régime dite de la motion de censure constructive).

Il en résulte que nous n’avons ni loi de finances… ni sans doute de majorité pour se mettre d’accord sur une loi de finances. Sauf peut-être a minima et encore peut-on en douter.

Pour ce qui est du premier de ces deux points, s’applique le mode d’emploi fixé par le 4e alinéa de l’article 47 de la Constitution et par l’article 45 de la LOLF… interprété de manière fort souple par le Conseil d’Etat dans un avis non contentieux du 9 décembre 2024 (S. fin. ; Comm. perm. ; n° 409081 ; NOR : PRMX2433380X). Voir :

 

Cela passe par une « loi spéciale ». Celle-ci a été adoptée avant que d’être publiée au JO de ce matin :

 

En voici le texte intégral :

  • Jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi de finances pour 2025, la perception des ressources de l’Etat et des impositions de toutes natures affectées à des personnes morales autres que l’Etat est autorisée conformément aux lois et règlements.

  • Jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi de finances pour 2025, les prélèvements opérés sur les recettes de l’Etat au profit des collectivités territoriales sont évalués à 45 057 825 520 €, qui se répartissent comme suit :

    (En euros.)

     

     

    Intitulé du prélèvement Montant
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la dotation globale de fonctionnement 27 245 046 362
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la dotation spéciale pour le logement des instituteurs 4 753 232
    Dotation de compensation des pertes de bases de la taxe professionnelle et de redevance des mines des communes et de leurs groupements 30 000 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au profit du fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) 7 104 000 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la compensation d’exonérations relatives à la fiscalité locale 664 114 745
    Dotation pour transferts de compensations d’exonérations de fiscalité directe locale 378 003 970
    Dotation élu local 123 506 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au profit de la collectivité de Corse 42 946 742
    Fonds de mobilisation départementale pour l’insertion 431 738 376
    Dotation départementale d’équipement des collèges 326 317 000
    Dotation régionale d’équipement scolaire 661 186 000
    Dotation globale de construction et d’équipement scolaire 2 686 000
    Dotation de compensation de la réforme de la taxe sur les logements vacants pour les communes et les établissements publics de coopération intercommunale percevant la taxe d’habitation sur les logements vacants 4 000 000
    Dotation de compensation liée au processus de départementalisation de Mayotte 107 000 000
    Dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle (communes) 239 658 133
    Dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle (établissements publics de coopération intercommunale) 890 110 332
    Dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle (départements) 1 243 315 500
    Dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle (régions) 467 129 770
    Dotation de garantie des reversements des fonds départementaux de taxe professionnelle 272 278 000
    Fonds de compensation des nuisances aéroportuaires 6 822 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la compensation des pertes de recettes liées au relèvement du seuil d’assujettissement des entreprises au versement transport 48 020 650
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au profit de la collectivité territoriale de Guyane 27 000 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au profit des régions au titre de la neutralisation financière de la réforme de l’apprentissage 122 559 085
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la dotation globale d’autonomie de la Polynésie française 90 552 000
    Soutien exceptionnel de l’Etat au profit des collectivités du bloc communal confrontées à des pertes de recettes fiscales et domaniales du fait de la crise sanitaire
    Soutien exceptionnel de l’Etat au profit des régions d’outre-mer confrontées à des pertes de recettes d’octroi de mer et de taxe spéciale de consommation du fait de la crise sanitaire
    Soutien exceptionnel de l’Etat au profit de la collectivité de Corse confrontée à certaines pertes de recettes fiscales spécifiques du fait de la crise sanitaire
    Soutien exceptionnel de l’Etat au profit de Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Wallis-et-Futuna confrontées à certaines pertes de recettes fiscales spécifiques du fait de la crise sanitaire
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la compensation de la réduction de 50 % des valeurs locatives de taxe foncière sur les propriétés bâties et de cotisation foncière des entreprises des locaux industriels 4 016 619 586
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la compensation des communes et des établissements publics de coopération intercommunale contributeurs au fonds national de garantie individuelle des ressources (FNGIR) subissant une perte de base de cotisation foncière des entreprises 3 000 000
    Prélèvement exceptionnel sur les recettes de l’Etat de compensation du fonds national de péréquation des droits de mutation à titre onéreux (DMTO)
    Prélèvement exceptionnel sur les recettes de l’Etat au profit des collectivités territoriales et des groupements de communes qui procèdent à l’abandon ou à la renonciation définitive de loyers
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre du soutien exceptionnel pour les communes et leurs groupements face à la croissance des prix de l’énergie et de la revalorisation du point d’indice de la fonction publique en 2022
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre du soutien exceptionnel, au titre de l’année 2023, pour les collectivités territoriales face à la croissance des prix de l’énergie 400 000 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la compensation de la réforme de 2023 de la taxe sur les logements vacants pour les communes et les établissements publics de coopération intercommunale percevant la taxe d’habitation sur les logements vacants 24 700 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat en faveur des communes nouvelles 17 600 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat visant à abonder le fonds de sauvegarde des départements pour l’année 2024 52 862 037
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat au titre de la compensation et du lissage des pertes exceptionnelles de recettes de taxe foncière sur les propriétés bâties 3 300 000
    Prélèvement sur les recettes de l’Etat destiné à compenser les pertes de recettes résultant de l’exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties 7 000 000
    Total 45 057 825 520

     

     

  • Jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi de finances pour 2025, le ministre chargé des finances est autorisé à procéder, en 2025, à des emprunts à long, moyen et court termes libellés en euros ou en autres devises pour couvrir l’ensemble des charges de trésorerie ou pour renforcer les réserves de change ainsi qu’à toute opération de gestion de la dette ou de la trésorerie de l’Etat.

  • Jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale, la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire, la Caisse autonome nationale de la sécurité sociale dans les mines et la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales sont habilitées, en 2025, à recourir à des ressources non permanentes dans la seule mesure nécessaire à la couverture de leurs besoins de trésorerie.
    La présente loi sera exécutée comme loi de l’Etat.


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