Participation du public et enquêtes publiques : une importante Ordonnance publiée au JO

Le JO de vendredi dernier contient une importante réforme des procédures destinées à assurer l’information et la participation du public à l’élaboration de certaines décisions susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement via la promulgation de l’ordonnance n° 2016-1060 du 3 août 2016 portant réforme des procédures destinées à assurer l’information et la participation du public à l’élaboration de certaines décisions susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement.

 

N.B. : les commentaires qui suivent s’inspirent directement du rapport au Président de la République remis au titre de cette ordonnance. 

 

Ce texte comporte trois principaux champs de modification du droit actuel, à savoir :

 

  • I. l’introduction d’un chapitre préalable définissant les objectifs de la participation du public aux décisions ayant un impact sur l’environnement et les droits que cette participation confère au public.
    Il précise le contenu des droits octroyés au public par l’article 7 de la Charte de l’environnement et le principe de participation défini par l’article L. 110 du code de l’environnement.

Les droits conférés au public dans le cadre de la mise en œuvre du principe de participation sont les suivants : droit d’accéder aux informations pertinentes, droit de demander la mise en œuvre d’une procédure de participation préalable, droit de bénéficier de délais suffisants pour formuler des observations ou propositions ou encore droit d’être informé de la manière dont ont été prises en compte les contributions du public.

  • II. le renforcement de la concertation en amont du processus décisionnel, notamment par l’élargissement du champ du débat public aux plans et programmes, la création d’un droit d’initiative citoyenne, l’attribution de compétences nouvelles à la Commission nationale du débat public et le renforcement de la procédure facultative de concertation préalable pour les projets et les plans et programmes hors du champ du débat public ;

L’article 2 modifie le chapitre Ier, dont le titre mentionne désormais les plans et programmes et devient : « Participation du public à l’élaboration des plans, programmes et projets ayant une incidence sur l’environnement ». Il attribue des compétences nouvelles à la Commission nationale du débat public, étendant son champ aux plans et programmes de niveau national soumis à évaluation environnementale. Elle désigne les « garants de la concertation » (art. L. 121-1-1) et peut désigner des correspondants régionaux. Son statut d’autorité administrative indépendante est inchangé. Un nouveau rôle de conciliation est donné à la commission, si les parties concernées le demandent (art. L. 121-2).
Les conditions de sa saisine sont élargies pour les projets relevant déjà de son champ de compétence (II de l’article L. 121-8) en prévoyant qu’elle peut être notamment saisie par 10 000 citoyens ou ressortissants de l’Union européenne. Le champ des « projets » relevant déjà du champ de la commission n’est pas modifié.
Aux articles L. 121-1 ou L. 121-20, il est donné à la commission la capacité de demander, de sa propre initiative ou suite à une saisine du garant de la concertation, la réalisation d’expertises complémentaires dans le cadre du débat public et de la concertation préalable. Ces expertises sont à sa charge.
Un nouvel article L. 121-8-1 prévoit une saisine obligatoire de la commission pour les plans ou programmes, soumis à évaluation environnementale, élaborés à l’échelle nationale. Un certain nombre de projets trouvent en effet leur origine ou sont débattus au moment de l’élaboration des documents de planification et il paraît dès lors logique de soumettre à participation du public un certain nombre de plans ou programmes. L’article L. 121-9 précise, et cela est une nouveauté que, lorsqu’un projet a fait l’objet d’un débat public lors de l’élaboration d’un plan ou d’un programme approuvé depuis moins de cinq ans qui définit le cadre dans lequel le projet pourrait être autorisé et mis en œuvre, ce dernier est dispensé de débat public. La commission peut toutefois décider, si elle l’estime nécessaire, d’organiser un débat public et motive sa décision.
Le champ des débats nationaux à l’article L. 121-10 est clarifié, la notion d’« options générales d’intérêt national » étant peu claire. Il est précisé qu’un débat public national pourra être organisé par la Commission nationale du débat public, à l’initiative du Gouvernement, sur un projet de réforme relatif à une politique publique ayant un impact important sur l’environnement ou l’aménagement du territoire. Le droit de saisine de la commission visant à demander un tel débat est élargi et peut désormais être actionné par 500 000 citoyens.
La procédure de concertation préalable existant au titre de l’actuel article L. 121-16 est plus encadrée, d’une durée minimale de quinze jours et maximale de trois mois. Cet article précise que peuvent faire l’objet d’une telle concertation facultative les projets, plans et programmes soumis à évaluation environnementale (hors champ de la commission). Certains plans sont exemptés car faisant déjà l’objet, en application des dispositions qui les régissent, d’une concertation respectant les dispositions de l’article L. 120-1.
L’initiative d’organiser une concertation préalable peut être prise par le maître d’ouvrage lui-même (article L. 121-18). Pour ces plans, programmes ou projets, une concertation peut également être imposée par décision de l’autorité compétente.
Un droit d’initiative peut s’exercer pour demander au préfet que les projets sous maîtrise d’ouvrage publique dont le montant prévisionnel est fixé par décret ou bénéficiant de subventions publiques supérieures à ce montant soient soumis à une concertation préalable. Ces projets ou plans sont assujettis à une obligation de « déclaration d’intention » (article L. 121-17) qui consiste en une publication par les porteurs de projets, plans et programmes, en amont de la phase d’instruction, de leur intention de réaliser un tel projet ou plan/programme.
Les projets assujettis à l’obligation de déclaration d’intention sont les projets publics dépassant un montant fixé par décret en Conseil d’Etat et les projets privés bénéficiant de subventions publiques à l’investissement supérieures à ce montant. Lorsqu’une collectivité finance directement une partie du projet (accès, réseaux…), ces aides sont prises en compte. En revanche, les autres formes d’aides d’Etat, comme par exemple les tarifs de rachat, les aides fiscales, les avances remboursables, les prêts, ne le sont pas.
Le droit d’initiative peut être actionné par un pourcentage des électeurs, un conseil régional, départemental ou municipal, un établissement public de coopération intercommunale ou des associations dans les conditions définies par l’article L. 121-19. Le représentant de l’Etat, après consultation du maître d’ouvrage, instruit la demande, apprécie l’opportunité d’organiser une concertation selon les modalités définies aux articles L. 121-16 et L. 121-20. Il statue par une décision motivée, dans un délai maximal de deux mois, sur les suites à donner à cette saisine.
L’article L. 121-20 définit les modalités de la concertation avec un garant et précise le rôle et les obligations de celui-ci.

  • III. la modernisation des procédures de concertation en aval, en généralisant la dématérialisation de l’enquête publique tout en tenant compte de la fracture numérique qui touche encore certains de nos territoires et en réaffirmant l’importance de la présence du commissaire-enquêteur.

L’article 3 modifie le chapitre III en vue de moderniser et de dématérialiser l’enquête publique aux articles L. 123-1 à L. 123-18, en développant la possibilité de consultation et de participation en ligne tout en maintenant le côté « présentiel » de l’enquête publique. Il est ainsi précisé que le principe est une information dématérialisée même si l’affichage et, selon l’importance du projet, la publication locale demeurent obligatoires. Le public pourra consulter le dossier sur internet, pendant toute la durée de l’enquête, et faire parvenir ses observations par ce moyen. Les points et horaires de consultation du dossier sur un poste informatique en libre accès doivent être précisés dans l’arrêté d’ouverture. Un dossier et un registre sur support papier doivent toutefois être accessibles en un ou plusieurs lieux.
Le commissaire enquêteur reste la pierre angulaire du dispositif. Son rapport et ses conclusions sont rendus publics par voie dématérialisée sur le site internet de l’enquête publique et par support papier dans un lieu où ils peuvent être consultés.
L’article précise qu’une réunion de restitution du rapport et des conclusions peut être organisée dans un délai de deux mois, en présence du maître d’ouvrage, pour permettre notamment à celui-ci de répondre aux éventuelles réserves ou d’indiquer comment il a prévu de prendre en compte les recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d’enquête.
Le recours à une enquête unique est facilité en l’absence de commun accord des autorités compétentes puisque le préfet, dès lors qu’il est autorité compétente pour l’une des enquêtes, peut ouvrir et organiser l’enquête unique.
Sont également regroupées dans le chapitre III l’ensemble des procédures de participation existantes en aval, afin de permettre une meilleure lisibilité et une meilleure cohérence des dispositions juridiques relatives à la participation du public.
Un nouvel article L. 123-19 regroupe ainsi les procédures de mise à disposition du public qui se trouvaient jusqu’à présent dans le chapitre II relatif à l’évaluation environnementale (anciens articles L. 122-1-1 et L. 122-8), tout en les modernisant et en les dématérialisant. Cette procédure s’applique aux plans et programmes soumis à évaluation environnementale et aux projets soumis à étude d’impact pour lesquels une enquête publique n’est pas requise. Les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux, les plans de gestion des risques d’inondation et les plans d’action pour le milieu marin ne sont pas assujettis à cette procédure bien que soumis à évaluation environnementale et exemptés d’enquête publique car ils obéissent à des règles de participation du public particulières.
De nouveaux articles L. 123-19-1 à L. 123-19-7 (participation du public hors procédure particulière) reprennent les dispositions des actuels articles L. 120-1 et suivants et apportent des modifications visant à assurer la pleine cohérence de la réforme du dispositif transversal de participation du public issue de la loi n° 2012-1460 du 27 décembre 2012 et de l’ordonnance n° 2013-714 du 5 août 2013 relatives à la mise en œuvre du principe de participation du public défini à l’article 7 de la Charte de l’environnement, à tirer les conséquences de l’expérimentation mise en place par l’article 3 de la loi du 27 décembre 2012 précitée et à assurer la parfaite conformité aux exigences de l’article 7 de la Charte de l’environnement de certaines procédures particulières de participation.
L’article L. 123-19-8 renvoie à un décret en Conseil d’Etat les conditions d’application du présent chapitre.

Cette ordonnance entrera en vigueur à une date fixée par décret et au plus tard le 1er janvier 2017. Elle ne s’appliquera qu’aux décisions pour lesquelles une participation du public a été engagée postérieurement à cette date.

 

Voici cette ordonnance en téléchargement :

joe_20160805_0181_0014

A propos Éric Landot

Avocat fondateur du cabinet Landot & associés, partenaire juridique de la vie publique.