Des précisions sur la consistance du domaine privé des personnes publiques

Le Conseil d’Etat est venu préciser la consistance du domaine privé par réflexion à la délimitation du domaine public de la personne publique dans un arrêt du 23 janvier 2020, Commune de Bussy-Saint-Georges, req. n°430192, mentionné aux tables du recueil Lebon.

Dans cette espèce, une société et une commune sont en désaccord concernant la cession d’un ensemble immobilier par la personne publique à ladite société. La commune a saisi le tribunal de grande instance (TGI) de Meaux d’une action en nullité de cette cession immobilière.

Le tribunal a décidé de sursoir à statuer sur cette action afin que la juridiction administrative se prononce sur l’appartenance d’un certain nombre de lots au domaine public de la commune. Saisi de cette demande, le tribunal administratif a considéré que les lots en question appartenaient au domaine public de la commune, sous réserve que l’immeuble dans lequel ils se situent n’ait pas alors été soumis au régime de la copropriété.

Cette réserve du tribunal administratif de Melun se comprend aisément dans la mesure où le Conseil d’Etat a affirmé l’incompatibilité du régime de la copropriété avec le régime de la domanialité publique (CE, 11 février 1994, Compagnie d’assurances Préservatrice Foncière, req. n°109564).

Saisi d’un pourvoi formé par la société, le Conseil d’Etat n’a pas remis en cause cette réserve, il a toutefois annulé le jugement du tribunal administratif tout en précisant la consistance du domaine privé.

Ainsi, après avoir rappelé la définition du domaine public issu de l’article L.2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques (CGPPP)

« font partie du domaine privé les biens des personnes publiques mentionnées à l’article L. 1, qui ne relèvent pas du domaine public […]. Il en va notamment ainsi des réserves foncières et des biens immobiliers à usage de bureaux, à l’exclusion de ceux formant un ensemble indivisible avec des biens immobiliers appartenant au domaine public »

le Conseil d’Etat observe que des lots composés de salles et de locaux à usage de bureaux pour des associations accueillant des habitants de la commune et mis à disposition par cette dernière ne peuvent pas être regardés comme étant affectés à l’usage direct du public (considérant n°4).

Ensuite, classiquement, le juge administratif confirme pour qu’un bien – affecté à un service public- puisse être considéré comme relevant du domaine public, celui-ci doit faire l’objet d’un aménagement indispensable c’est-à-dire que cet aménagement doit être considéré comme nécessaire au fonctionnement du service public (CE, 21 décembre 2012, Commune de Douai, req. n° 342788). Or, tel n’est pas le cas en l’espèce d’un point d’accueil et d’orientation ayant pour objet l’accueil téléphonique ainsi que l’information et l’orientation des personnes reçues dans les bureaux. Le Conseil d’Etat considère donc que ces lots sont des biens immobiliers à usage de bureaux et qu’ils sont exclus du domaine public (considérant n°5).

Enfin, après avoir rappelé les dispositions relatives aux associations foncières urbaines libres, le Conseil d’Etat considère qu’il

« découle de ces dispositions que le régime des associations foncières urbaines libres est incompatible avec celui de la domanialité publique, notamment avec le principe d’inaliénabilité » (considérant n°6)

 A la lecture de ces dispositions, on ne peut que considérer qu’elles portent atteinte au principe d’inaliénabilité dont le corollaire est l’imprescriptibilité du domaine public. En effet, il convient de rappeler que dans un arrêt Sieur Cazeaux, le Conseil d’Etat relève que l’inaliénabilité et l’imprescriptibilité du domaine public impliquent notamment l’impossibilité de bénéficier d’une prescription acquisitive sur le domaine public (CE, 13 octobre 1967, Sieur Cazeaux, req. n°58332).

Or, les dispositions régissant les associations foncières urbaines libres permettent de garantir leurs créances par la constitution d’hypothèque, ce qui manifestement va à l’encontre de ces principes protecteurs de la domanialité publique.

 Aussi, le Conseil d’Etat poursuit et affirme que

« par suite, des locaux acquis par une personne publique dans un immeuble inclus dans le périmètre d’une association foncière urbaine libre, fût-ce pour les besoins d’un service public, ne peuvent constituer des dépendances de son domaine public ».

Le Conseil d’Etat constate que les lots en question « sont compris dans le périmètre d’une association foncière urbaine libre constituée en 2002 » et « ces lots de volume n’ont pu devenir, depuis leur acquisition par la commune de Bussy-Saint-Georges, des dépendances du domaine public communal ». Par conséquent, ces lots appartiennent au domaine privé de la commune.

En conclusion, les biens d’une commune soumis à une association foncière urbaine libre relèvent du domaine privé de la collectivité.

 

Par Benjamin Girardo, avocat au cabinet Landot et Associés.