Chaque vendredi, un des 4 pôles du cabinet Landot & associés diffuse un petit « retour terrain » : une expérience vécue.
Nous ne diffusons pas des informations sur les dossiers les plus connus, les plus emblématiques :
• d’une part parce que le secret professionnel s’en trouverait violé,
• et d’autre part parce que le but de cette chronique est justement de montrer le travail quotidien, ordinaire mais passionnant, tel que nous le vivons avec nos clients, à la manière d’un petit « retour sur expérience »
Aujourd’hui, un petit « retour de terrain » du pôle « TEI ».
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Vices et vertus du doute chez l’avocat…
Le billet de ce jour n’est pas tant un retour d’expérience précis mais plus une immersion dans le métier d’avocat.
Le métier d’avocat peut être parsemé de doutes. Alors que dans une plaidoirie ou ses écrits contentieux, l’avocat devra bien entendu être convaincant et doit laisser croire, avec aplomb, qu’il est certain de son succès (tout en tentant de ne pas trop adopter une posture arrogante), la réalité est bien entendu autre quand on est en face du client. On lui doit la vérité et lui expliquer que son cas n’est pas nécessairement gagné, même si on peut avancer des arguments, même si — face à un dossier objectivement mal engagé — il nous restera toujours le fameux « sur un malentendu ça peut marcher ».
Mais le doute est là, dans les dossiers, et est même indispensable, il est salutaire :
- Un avocat qui ne doute pas de son raisonnement, de sa fiabilité, deviendra un mauvais avocat car il ne se remet plus en cause et commettra des erreurs.
- Un avocat qui doute de trop est aussi un mauvais avocat puisqu’il ne tranche pas, n’apporte pas de solutions au client, car il semble plus se protéger lui que son client.
Comme en pâtisserie, il faut trouver le bon dosage.
Mais pourquoi l’avocat devrait-il douter, me direz-vous ? Le droit n’est-il pas une matière objective ? Presque mathématique ? : Non, pas du tout… ce n’est pas aussi simple que de rentrer des données d’un problème et de laisser « l’ordinateur » avocat analyser la situation. Du reste, c’est bien pour cela que l’IA générative, dans nos professions, ne fonctionne pas (et pourtant l’auteur de ces lignes est très technophile). Déjà, l’IA ne doute pas justement… et ce n’est pas le moindre de ses problèmes.
Le doute prend plusieurs formes et, à chaque nature de doute, nous nous devons d’apporter des solutions concrètes à nos clients :
- Avant toute chose, se pose justement la question de base des données du problème. Certains clients ne nous disent pas tout (par pudeur, par omission…) et ça peut tout changer dans le raisonnement. Si l’avocat doit la vérité à son client, même si elle est parfois dure. Cette vérité dépend grandement de cette sincérité dans la transmission d’information ;
- Le doute émane aussi de l’urgence. Dans ce monde où urgence et importance se confondent, un bon raisonnement nécessite un temps de gestation. Analyser à chaud ou dans l’urgence en quelques heures une situation produit nécessairement une analyse moins fine, car on ne dispose pas du temps nécessaire pour prendre assez de recul (et c’est vrai pour toutes les professions). C’est pourquoi nous avons la culture autant que de possible de revisiter en interne les solutions qui ont été délivrées à chaud. C’est pourquoi aussi toutes les productions passent par le filtre de plusieurs avocats : pour disposer de cette autre perspective ;
- Le doute émane aussi du fait que le droit n’est pas stable. Les jurisprudences ne sont pas stables. Parfois, face à une situation, nous devons alors raisonner en probabilités et non avec certitude. C’est pourquoi nous présentons face à ce doute plusieurs scénarios, avec le « pour » et le « contre », l’évaluation des risques, les aléas de chaque stratégie pour prendre ensemble la bonne décision. C’est d’ailleurs ce qui surprend souvent nos clients : que le droit ne soit pas si clair. Sorti de la faculté, j’avais moi aussi cette vision binaire du droit… avant de découvrir que le droit comporte toutes ses nuances de gris (ce qui n’est pas sans déplaisir, on peut en jouer). On doit alors au client face à ces incertitudes de trouver la bonne solution pour naviguer dans ces eaux troubles du droit. Le droit n’est pas si clair ? Il n’est pas tranché ? Très bien alors, on va élaborer une méthode ensemble pour éclaircir un peu cette situation.
- Le doute émane enfin de cette crainte de ne pas réussir à se faire comprendre. Face justement à ces doutes, de longue date, nous essayons de trouver la meilleure solution pour rendre accessible, intelligible le droit par des schémas, des cartes mentales, voire des outils comme des bases de données, etc. pour le rendre accessible. C’est aussi ce qui a guidé la création de ce blog juridique, nos vidéos, nos cycles de formation : rendre intelligible le droit pour que du côté client, il n’y ait plus de doutes.
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