Marchés : mettre fin à un risque de conflit d’intérêt peut se régler par un « sans suite ». Non sans prudences…

Marchés publics : le conflit d’intérêts peut aisément ouvrir au « sans suite »… Mais pour que ce soit « sans indemnisation », s’imposent quelques prudence minimales. 

 


 

 

Merci à l’observatoire de la SMACL d’avoir (cf. ici) identifié et commenté cet arrêt. 

 

L’arrêt que vient de rendre la CAA de Marseille est aux confluences de deux problématiques juridiques :

 

Aussi est-ce sans surprise qu’au carrefour de ces deux cheminements de pensée, se trouve la possibilité de déclarer sans suite, et sans indemnisation, un marché entaché d’un risque trop fort de conflit d’intérêts.

 

En l’espèce, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur avait lancé un dialogue compétitif portant sur la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance d’une cité scolaire.

Mais la région a identifié un risque de conflit d’intérêts entre un membre du Jury composé pour ce marché, et une société candidate.

La région a donc, logiquement, déclaré sans suite cette procédure de passation.

La CAA commence par valider le raisonnement du juge du fond qui admet l’existence en l’espèce d’un risque de conflit d’intérêts, quelqu’indirect celui-ci pouvait-il être :

« 4. Comme l’ont relevé les premiers juges, la participation au jury de Mme A…, déléguée générale salariée de l’association EnvirobatBDM, dont la présidente, Mme C…, exerçait par ailleurs les fonctions de chef de projet  » bâtiment et développement durable  » au sein de la société Adret Ingénieurs Associés, membre du groupement dont le mandataire était la société Eiffage, était susceptible d’entacher d’irrégularité la procédure de passation du marché. Invoquant ce motif d’intérêt général, la région pouvait, en application des dispositions précitées de l’article 98 du décret du 25 mars 2016, décider de déclarer la procédure sans suite en relançant une nouvelle procédure d’attribution. »

Ce point est conforme aux jurisprudences antérieures, sur ce point, précitées (notamment, même si l’on n’était pas alors sur une question de sans suite :  CE, 25 novembre 2021, Corsica Networks a c/ collectivité de Corse et NXO France, n° 454466, à publier au rec.)

Plus intéressante est l’appréciation de l’existence ou non d’une faute de la région à ce stade :

« 5. Il n’est pas établi que la région aurait eu connaissance de la situation de conflit d’intérêts dès le stade de l’examen des candidatures, alors même qu’à ce stade, Mme C…, si elle siégeait au conseil d’administration de l’association EnvirobatBDM, n’en était pas encore devenue la présidente. Par ailleurs, en faisant signer par Mme A… une déclaration d’intérêts, la région a pris des mesures suffisantes pour garantir l’impartialité de la procédure. La société SCPA n’établit donc pas, en tout état de cause, que la région aurait commis une faute en ne garantissant pas l’impartialité de la procédure au moment de cet examen, une telle faute ne pouvant résulter de l’existence même du conflit d’intérêts. »

On le voit : la signature de déclarations d’intérêts sera, combiné avec cette jurisprudence, souvent une bonne idée, au moins pour limiter les risques d’engagement de la collectivité après coup…

Un risque de conflit d’intérêts pour un membre d’un Jury pourra ainsi se régler selon ce mode d’emploi combiné avec une grande vigilance.

La même difficulté matérialisée par l’intérêt d’un élu, d’un cadre ou d’un AMO sera un peu plus difficile à gérer pour éviter toute indemnisation par la collectivité (laquelle peut certes in fine envisager des actions récursoires dans certains cas, mais non sans limites…).

Source :

CAA Marseille, 19 juin 2023, 21MA02899

 


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Voici aussi à ce même sujet cette vidéo de 4 mn 13 :

https://youtu.be/KXH1qaCUkuM

 

 


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