Les actes d’une SEM ou d’une SPL agissant « pour le compte » d’une collectivité et qui relèvent de l’exercice de prérogative de puissance publique sont à transmettre au contrôle de légalité

Quelle que soit la nature des relations contractuelles liant une société d’économie mixte (SEM) à une collectivité locale, les décisions prises pour le compte de cette collectivité et qui relèvent de l’exercice de prérogatives de puissance publique doivent être transmises au contrôle de légalité.

CE 24 mai 2017, req. n° 397197

 

Le Conseil d’Etat vient de déduire du droit que, pour citer le futur résumé des tables du rec., que :

« le législateur a entendu prévoir la transmission au représentant de l’Etat de l’ensemble des décisions relevant de l’exercice de prérogatives de puissance publique prises par les sociétés d’économie mixte (SEM) locales, en modifiant les dispositions respectivement consacrées à la transmission des actes des communes, des départements et des régions.  »

Oui. Et de fait cela ressort assez nettement du 8° de l’article L. 2131-2, du 7° de l’article L. 3131-2 et du 6° de l’article L. 4141-2 du code général des collectivités territoriales (CGCT), éclairées par leurs travaux préparatoires (notamment celles avant la loi du 6 février 1982).

Mais est-ce que cela dépend des relations entre la collectivité et son satellite (SEM, SPL…) ? Telle était la position, un peu acrobatique selon nous, de la Cour administrative d’appel de Nantes, qui avait estimé qu’une décision de préemption litigieuse d’une SEM n’avait pas à être transmise au préfet car la concession d’aménagement conclue entre ladite SEM et la communauté d’agglomération n’avait pas le caractère d’un mandat donné par la personne publique à l’aménageur.

Le Conseil d’Etat infirme sèchement cette position  :

« En précisant qu’il visait ainsi, selon les cas, les décisions prises pour le compte d’une commune ou d’un établissement public de coopération intercommunale, d’un département ou d’une institution interdépartementale ou d’une région ou d’un établissement public de coopération interrégionale, le législateur n’a pas entendu poser une condition supplémentaire tenant à la nature des relations contractuelles existant entre la SEM locale et la collectivité territoriale mais a distingué les actes visés selon la catégorie de collectivité concernée. Ainsi, les décisions de préemption prises par une SEM concessionnaire d’une commune ou d’un établissement public de coopération intercommunale, désignée en qualité de titulaire du droit de préemption par l’acte créant une zone d’aménagement différé, doivent être regardées comme entrant dans le champ d’application du 8° de l’article L. 2131-1 du CGCT, quelle que soit la nature des relations contractuelles liant la SEM à la commune ou à l’établissement public de coopération intercommunale pour la réalisation de l’opération d’aménagement

Logique et pas très surprenant… même si la pratique s’éloigne singulièrement de cette règle de droit posée par le juge administratif.

 

 

Voici cet arrêt CE, 24 mai 2017, n° 397197 :

CE 20170524 cont leg satell

 

A propos Éric Landot

Avocat fondateur du cabinet Landot & associés, partenaire juridique de la vie publique.