Affaire N. Sarkozy / Bygmalion : le Conseil constitutionnel valide la constitutionnalité des cumuls entre sanctions électorales (comptes de campagne en l’espèce) et pénales

Cumul de poursuites et de sanctions en cas de dépassement du plafond de dépenses par un candidat à l’élection présidentielle : le Conseil constitutionnel vient de confirmer que Nicolas Sarkozy, candidat à l’élection présidentielle de 2012, pouvait bien, pour dépassement du plafond de campagne électorale, être sanctionné pénalement en sus des sanctions prononcées en droit des campagnes électorales et des comptes de campagne.

Le principe non bis in idem (ou ne bis in idem) n’est pas ici violé car il s’agit bien de sanctions de nature différente en application de corps de règles distincts. Il s’agit en fait d’une jurisprudence constante et à peu près commune à toutes les Démocraties occidentales.

Voir par exemple :

 

Mais ne minimisons pas la portée de cette décision : au delà de l’affaire N. Sarkozy (qui dès lors pourra bien être poursuivi pénalement dans l’affaire Bygmalion), le Conseil constitutionnel vient de rendre une décision applicable à tous les candidats à toutes les élections donnant lieu à comptes de campagne (art. L. 52-4 et suiv. di Code électoral) mais aussi aux autres cas de cumul de sanctions entre l’électoral et le pénal (et ces cas sont assez nombreux).

 

Détaillons la décision ainsi rendue ce matin par laquelle, donc, le Conseil constitutionnel a été saisi le 22 février 2019 d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) relative à la conformité aux droits et libertés que la Constitution garantit du 3° du paragraphe I de l’article L. 113-1 du code électoral et de l’article 3 de la loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel.

En application de l’article 3 de la loi du 6 novembre 1962 et de l’article L. 52-11 du code électoral, les candidats à l’élection du Président de la République sont tenus, au cours de la campagne, de respecter un plafond des dépenses électorales. Lorsque la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) constate un dépassement de ce plafond par un candidat, celui-ci est tenu de verser au Trésor public une somme égale au montant du dépassement. La décision de cette commission peut faire l’objet d’un recours devant le Conseil constitutionnel par le candidat en cause. En outre, en application du premier alinéa du paragraphe II du même article, qui renvoie au 3° du paragraphe I de l’article L. 113-1 du code électoral, le candidat ayant dépassé le plafond des dépenses électorales encourt également une amende de 3 750 euros et une peine d’emprisonnement d’un an.

Il était reproché à ces dispositions de contrevenir, en méconnaissance du principe non bis in idem, aux exigences de nécessité et de proportionnalité des peines, dans la mesure où elles permettraient des poursuites et des sanctions pénales à l’égard de candidats à l’élection présidentielle ayant déjà été sanctionnés financièrement pour des faits identiques de dépassement du plafond des dépenses électorales par la CNCCFP et, en cas de recours, par le Conseil constitutionnel.

Suivant une jurisprudence constante, le Conseil constitutionnel rappelle que le principe de nécessité des délits et des peines résultant de l’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ne fait pas obstacle à ce que les mêmes faits commis par une même personne puissent faire l’objet de poursuites différentes aux fins de sanctions de nature différente en application de corps de règles distincts. Si l’éventualité que deux procédures soient engagées peut conduire à un cumul de sanctions, le principe de proportionnalité implique qu’en tout état de cause, le montant global des sanctions éventuellement prononcées ne dépasse pas le montant le plus élevé de l’une des sanctions encourues.

Au cas présent, le Conseil constitutionnel a relevé que les dispositions contestées tendent à réprimer de mêmes faits qualifiés de manière identique.

Toutefois, d’une part, la sanction financière prononcée par la CNCCFP intervient à l’issue de l’examen par cette commission, sous le contrôle du Conseil constitutionnel, des comptes de campagne de chacun des candidats à l’élection du Président de la République. En conférant à cette sanction un caractère systématique et en prévoyant que son montant est égal au dépassement du plafond des dépenses électorales, le législateur a entendu assurer le bon déroulement de l’élection du Président de la République et, en particulier, l’égalité entre les candidats au cours de la campagne électorale. En revanche, en instaurant une répression pénale des mêmes faits, qui exige un élément intentionnel et permet de tenir compte des circonstances de l’infraction et d’adapter la sévérité de la peine à la gravité de ces faits, le législateur a entendu sanctionner les éventuels manquements à la probité des candidats et des élus.

D’autre part, la sanction prononcée par la CNCCFP est une pénalité financière, strictement égale au montant du dépassement constaté. Sa nature est donc différente de la peine d’emprisonnement encourue par le candidat poursuivi pour le délit de dépassement du plafond des dépenses électorales.

Le Conseil constitutionnel en déduit que les deux répressions prévues par les dispositions contestées relèvent de corps de règles qui protègent des intérêts sociaux distincts aux fins de sanctions de nature différente. Il écarte par ces motifs le grief tiré de la méconnaissance du principe de nécessité et de proportionnalité des peines et déclare les dispositions contestées conformes à la Constitution.

 

Voici le dossier documentaire préparé par le Conseil constitutionnel :

 

Et surtout, voici cette décision n° 2019-783 QPC du 17 mai 2019 (M. Nicolas S.) :

2019783qpc